L’agropeople ressemble à un agriculteur, mais ce n’est pas un agriculteur ! (Par Jean-Paul Pelras)

Depuis quelques mois dans nos campagnes et derrière le prisme des médias, essaime une nouvelle engeance : l’agropeople. Dans cet aréopage de néo-paysans nous trouvons Fanny Agostini qui fut, tour à tour, miss météo sur BFM TV, animatrice de Thalassa, chroniqueuse sur Europe 1, où elle évoque sa ferme pédagogique, présentatrice de l’émission Ushuaia TV. Mais aussi cofondatrice de Climate Bootcamp où celle qui est également conseillère municipale de La Bourboule a accueilli dans cette petite ville auvergnate Marion Cotillard, Nicolas Hulot, Léa Salamé, Gilles Boulleau ou encore l’agroécologiste Pierre Rabhi. Fanny Agostini qui explique à ses auditeurs comment il faut travailler la terre en condamnant au passage la dérogation aux néonicotinoïdes sur les betteraves et en créant avec son mari, ancien directeur de Good Planet, l’ONG Landestini imaginée pour “reconnecter l’humain à la terre et à la nature”. Autre personnalité soudainement intéressée par l’air de nos campagnes, le milliardaire Xavier Niel qui devrait inaugurer, en septembre prochain, son école d’agriculture gratuite et se lance, un hasard n’arrivant jamais seul, dans la fabrication de steaks végétaux. Citons également, entre autres amoureux de la terre, le journaliste Hugo Clément, qui milite pour le bien-être animal ; Audrey Pulvar, chargée de l’agriculture à Paris ; Stéphane Bern, qui présente La ferme préférée des Français ; Élise Lucet, qui s’occupe régulièrement de
dénoncer les pratiques agricoles ; Guillaume Canet, qui a créé Cultivonsnous.tv ; ou encore Karine Le Marchand, marraine du Grand débat agricole et présentatrice de l’émission matrimoniale L’amour est dans le pré. Arrivent ensuite en bonne place et relayées au plan régional, les rubriques publiées dans les journaux ou diffusées sur les ondes, animées par des spécialistes autoproclamés de l’agronomie qui interviennent jusque dans les salles de classe pour dire tout le bien qu’ils pensent de l’écologie.

Tant qu’à jouer à la dinette, allons jusqu’au bout de la disette

Mais, en définitive, qui sont ces gens qui se prennent pour des paysans depuis Paris et leurs studios climatisés où ils veulent imposer, car le concept peut rapporter, une nouvelle façon de se “cultiver” ? Ils sont celles et ceux qui veulent redessiner nos champs, nos vignes, nos vergers en vendant des rêves qui ne tiennent pas compte des réalités. Cette forme d’usurpation plébiscitée par des téléspectateurs, des auditeurs ou des lecteurs candidats au retour à la terre n’est qu’un leurre dangereux et irresponsable. Dangereux, car le métier d’agriculteur ne dure pas le temps d’un week-end ou d’une émission de téléréalité, il s’accomplit sur plusieurs décennies et bien souvent sur plusieurs générations. Ceux qui en vivent vraiment le savent et mènent au quotidien un combat qui n’a rien des bluettes télévisées et des stages petits lapins avec portion de cake maison servi à l’heure du goûter à des bobos en salopettes bien repassées.
Irresponsable, car en ne montrant qu’une facette ludique et soi-disant pédagogique du métier tout en dénigrant les pratiques qui permettent de garantir l’autosuffisance alimentaire, ces célébrités entretiennent un message erroné et délétère. De quelle manière réagiraient ces artistes de variété si les agriculteurs se mettaient à leur expliquer comment ils doivent exercer leurs métiers, avec quels outils ils doivent le pratiquer, quelles méthodes adopter pour s’exprimer, rédiger, filmer, présenter, influencer ?
Une alternative improbable car les agriculteurs ne s’occupent pas des affaires des autres. Ils n’ont, pour cela, ni le temps, ni l’immoralité. En revanche, ils ont cette capacité à nourrir leur prochain plus qu’à les manipuler.
D’autre part, que deviendraient ces vedettes du petit ou du grand écran si elles devaient troquer leurs indemnités contre celles de l’agriculteur qui n’arrive plus à nourrir sa famille ou à rembourser ses dettes ? Car tant qu’à jouer à la dinette, allons jusqu’au bout de la disette. Puisqu’il ne suffit pas de chausser une paire de bottes pour savoir ce qu’il en coûte, une fois ruiné, de devoir les enlever à tout jamais. Quand ce qui différencie les vrais agriculteurs de ceux qui, pour des raisons mercantiles, veulent les imiter c’est, peut-être et surtout, la dignité.

2 thoughts on “L’agropeople ressemble à un agriculteur, mais ce n’est pas un agriculteur ! (Par Jean-Paul Pelras)

  • 13 mai 2021 à 11 h 53 min
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    🙏Merci Jean-Paul Pelras.
    Vous faites un constat essentiel à notre bonne compréhension du monde actuel :
    ceux qui influencent les décisions publiques, la sphère politico-médiatique, sont ceux qui ont le temps, le loisir et les moyens.
    Ils influencent l’ »opinion publique » selon leur vision du monde.
    Leur vécu personnel est si déconnecté de la vie réelle des gens de la terre et des gens ordinaires, leur vision si biaisée, qu’ils ne produisent que des utopies irréalisables (pléonasme)
    Dans le meilleur des cas ils sont de bonne foi, dans le pire ce sont aussi des affairistes ou des gourous menés par leur ego, l’un n’excluant pas l’autre.
    Dans tous les cas, ils sont incompétents à se nourrir eux-mêmes, a fortiori les autres, et sont utilisés par plus puissants qu’eux, à leur insu ou pas.
    Des solutions concrètes efficaces ne pourront être mises en place par les agriculteurs de terrain que si ceux-ci sont associés et co-constructeurs des politiques agricoles et alimentaires.
    C’est aux décideurs publics, seuls légitimes représentants des peuples (du moins dans une véritable démocratie), de choisir qui ils écoutent, en fonction de leur expérience VÉCUE de praticien, et de leurs RÉSULTATS CONCRETS de production et d’impact sur le milieu.
    Les stories ne se se mangent pas, pas plus que films, rapports scientifiques, directives, tous fruits abstraits de concepts et visions imaginaires.
    A la fin, seuls les résultats comptent : tout le monde mange assez et bien, et la terre s’améliore, ou non.
    « Les gens peuvent mentir, la terre jamais.»
    Référence à une phrase du grand Herbert Bartz, et à Lucien Séguy, qui disait de même.

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  • 14 mai 2021 à 18 h 50 min
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    Surtout, poursuivez cette action d’information de « terrain », celle sur la vie des agriculteurs, viticulteurs, éleveurs, leurs méthodes de travail, telles qu’elles ont été ce qu’elles sont devenues. La confrontation aux saisons, à la pluie, ses excès et les sècheresses successives appellent à créer d’urgence des retenues d’eau, elle part vers la mer en hiver or, les plantes ont en besoin pour se développer, produire des fruits et absorber le gaz carbonique. En face des études partielles ou tendancielles, présentez celles des agronomes et des vétérinaires.
    Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : polissez-le sans cesse et repolissez ; ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
    Que Boileau vous accompagne.
    Bon courage

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