“La station vitivinicole de Tresserre n’est pas à vendre” (Pour l’instant…) ! [par Jean-Paul Pelras]

La rumeur va bon train : “Tresserre est à vendre”. Elle devance parfois les pronostics : “Tresserre est vendue”. Contacté par téléphone, Stéphane Zanella, nouveau président du Conseil interprofessionnel des vins du Roussillon (CIVR), structure propriétaire du site expérimental, dément l’information. Et ce, même si l’hypothèse d’une vente n’est pas à écarter.

“La station de Tresserre n’est pas à vendre. Du moins pour l’instant. Un comité technique composé de membres du CIVR et de la Chambre d’agriculture, gestionnaire de la station, a été mis en place. À Tresserre, les bâtiments sont vieillissants et nécessitent d’importants travaux. Parallèlement, la situation viticole dans le contexte que nous connaissons ne nous autorise plus à engager les dépenses nécessaires. Donc, nous réfléchissons et prendrons une décision en temps voulu, sachant que cette réflexion à été initiée lors du mandat de mon prédécesseur, Philippe Bourrier. Et que nous sommes très attachés à l’expérimentation qui ne peut, bien sûr, être remise en cause et doit perdurer au regard des enjeux qui attendent la viticulture départementale notamment, même si ce n’est pas forcement sur un outil fixe”, nous a confié le président de l’interprofession.
Créée en 1974, la station vitivinicole de Tresserre est gérée par la Chambre d’agriculture qui a confié la direction du site, où travaillent 5 techniciens, à Julien Thierry. Idéalement située au cœur des Aspres depuis presque un demi-siècle, cette institution a contribué à l’évolution technique et variétale de la viticulture départementale. Il s’agit d’une bâtisse de caractère, dressée entre Albères et Canigou sur un territoire de garrigues qui évoque l’emprise minérale et tellurique d’une viticulture traditionnelle et endémique. Tantôt bercé par les effluves marins, tantôt bousculé par cette tramontane qui assainit nos campagnes, ce lieu, un peu singulier, où l’on accède par une route étroite, recèle bien des secrets, bien des confidences que beaucoup d’épicuriens voudraient certainement partager.

Une station reconnue au plan international

Et même si le grand public ignore parfois jusqu’à l’existence de ce site presque mythique, il est bon de rappeler qu’il est le témoin et l’allié privilégié d’un patrimoine viticole unique au monde, puisque c’est là que tout ce qui se fait en matière de VDN et de muscat a été amélioré ou créé. Nous citerons, pour l’exemple, le Rivesaltes Grenat ou certains vins fruités qui répondent à une attente contemporaine de la consommation et aux questions posées par une profession soucieuse d’adapter techniquement ses exploitations, ses caves coopératives ou particulières et sa dynamique commerciale en proposant de nouveaux produits.
La station de Tresserre, reconnue sur le plan international pour ses recherches sur les VDN, demeure un lieu entièrement maîtrisé par la profession qui, contrairement à certains centres de recherche, propose des alternatives directement applicables chez le viticulteur. Une réactivité due, entre autres, au prolongement œnologique avec des essais spécifiques au Roussillon qui vont de la souche à la bouteille et jusqu’au vieillissement. 

Une expérimentation, indispensable à l’évolution de la viticulture

Précisons que Tresserre possède dans sa vinothèque, tous les millésimes vinifiés depuis 1976 avec des milliers d’échantillons, récoltés in situ sur la dizaine d’hectares que compte l’exploitation ou sur la trentaine de parcelles expérimentales réparties dans le département des P.-O. Une expérimentation, indispensable à l’évolution de la viticulture locale et régionale, qui nécessite bien souvent des années de recherches car il faut tenir compte du contexte climatique et de la baisse récurrente des rendements qui lui sont corrélés. Sans oublier le contexte environnemental avec la réduction des intrants, la gestion de la contrainte hydrique, le travail du sol, l’impact sur les paysages, l’évolution des consommations, celle des arômes, des goûts et des couleurs, la conservation des vins, l’innovation, la sécurité sanitaire, la viticulture biologique et, entre autres paramètres, la mise en place de cépages résistant à la sécheresse ou aux maladies cryptogamiques.
Une station expérimentale désormais plongée dans la tourmente des incertitudes et dans celle des rumeurs qui ne sont pas de nature à rassurer ceux qui travaillent sur le site et ceux qui comptent sur cet outil pour développer et sécuriser la production viticole des décennies à venir.

Fabienne Bonet : Ouvrir la réflexion à la filière viticole

Pour la présidente de la Chambre d’agriculture des Pyrénées Orientales également présidente de Vignerons Catalans et vice-présidente de Coop de France Occitanie, au-delà du comité technique de réflexion auquel participent l’établissement consulaire et le CIVR, respectivement gestionnaire et propriétaire du site, il faut désormais associer d’autres composantes de la viticulture locale. “L’expérimentation doit être préservée, développée et adaptée aux besoins de la filière sur l’ensemble du territoire, nous devons donc imaginer une autre façon de fonctionner si, le cas échéant car le site se dégrade, Tresserre doit être mis en vente. Je pense qu’il faut à présent demander aux ODG et aux organismes viticoles de rejoindre cette réflexion, l’enseignement agricole doit aussi être contacté ainsi que l’Institut français du vin (IFV) avec qui nous travaillons depuis des années. Rien n’est encore décidé et ce qui le sera, le sera dans l’intérêt de la viticulture départementale.”

JPP

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