La question du repli des Côtes du Roussillon

Photo Yann Kerveno

Lors de l’assemblée générale des Côtes du Roussillon et des Côtes du Roussillon village, Jean-Philippe Mari a défendu le processus d’officialisation du repli des vins des appellations avec l’AOC Languedoc. Et obtenu gain de cause.

C’était un sujet propre à débattre. Et débat il y eut bien. Au centre, la possibilité donnée aux appellations du Roussillon de replier les vins répondant à son cahier des charges vers l’AOC régionale Languedoc. Si la disposition existe aujourd’hui, elle n’est plus en conformité avec la volonté et les règles de l’Institut national des appellations d’origine. Dispositions qui impliquent maintenant que les cahiers des charges des appellations soient compatibles entre eux. La question fait sens lorsqu’on se penche sur les volumes potentiellement concernés. Lors de la campagne 2017-2018, les replis de Côte du Roussillon rosé vers Languedoc se sont élevés à 26 716 hl (42 % des volumes de l’année), les replis des Côtes du Roussillon rouge à 18 025 hl (22 % des volumes de l’année), en très forte progression par rapport à la campagne précédente. Les replis de rosés ont été multipliés par trois, ceux de rouges ont progressé de 70 %.

“Voyez la Bourgogne !”
Les prix moyens pratiqués au cours de la campagne étaient supérieurs en AOC Languedoc (136 €/hl contre 132 €/hl en rouge et 134 €/hl contre 124 €/hl en rosé). La très faible récolte 2017 enregistrée en Languedoc explique à elle seule une grande partie de cet appel d’air du marché. Le retour à la normale avec la vendange 2018 a nettement réduit les flux de repli depuis le début de la campagne en cours. Seuls 3 692 hl ont été repliés en rosé au 1er janvier dernier contre plus de 20 000 hl à pareille époque l’an dernier par exemple.
Président de l’appellation Minervois voisine, Philippe Costes est venu plaider en ce sens. Et expliquer aux vignerons ce qu’ils avaient à gagner à mettre leur cahier des charges en conformité avec le Languedoc, comme le Minervois ou les Corbières l’ont fait. “Imaginez qu’il y a dix ans, les Minervois se vendaient moins chers que les Languedoc. Aujourd’hui c’est bien le contraire, nos vins ont retrouvé la place qui était la leur dans cette pyramide des AOC qui a Languedoc pour socle.” Il a aussi insisté sur le fait qu’il n’est pas question de déclaration directe en Languedoc, mais bien de vin initialement déclaré en Côte du Roussillon ou villages qui pourraient être repliés en Languedoc. Ou de Côte du Roussillon village qui pourrait être replié en Côte du Roussillon. “Voyez le succès de la Bourgogne, ils ne fonctionnent que sur du repli !” arguait-il encore.

Bourrier contre-attaque
Mais pour Philippe Bourrier, président de l’interprofession venu apporter la contradiction dans le débat, laisser ouverte cette possibilité est délétère pour les appellations du Roussillon. “En quatorze ans nous avons déjà perdu 44 000 hl de production essentiellement en Côte du Roussillon rouge, il faut que nous soyons prudents. Souvenez-vous de ce que sont vos terroirs” lançait-il à l’assemblée. “Est-ce que le Languedoc est un terroir ? Si nous replions, nous confions à d’autres le soin de commercialiser nos productions. À terme, ce que nous risquons, c’est de perdre le mot Côtes du Roussillon. Et n’oublions pas que nous avons aussi des zones qui ne peuvent produire que cela !”
Allant plus loin, il incitait l’assemblée à avoir de l’ambition, à réformer les cahiers des charges du Roussillon pour, entre autres, autoriser la commercialisation d’un vin AOP avec 100 % de cépage principal et mention du cépage, mais aussi l’instauration d’un contrôle post-embouteillage ou la création d’une AOP Roussillon contrôlée. Et supprimer l’aire Languedoc en Roussillon. Une fois ce vote de principe acquis, ce qui fut le cas le 5 mars, la fédération des AOC du Sud, également présidée par Jean-Philippe Mari, va s’atteler à définir quelles modifications doivent être apportées aux cahiers des charges des appellations Côtes du Roussillon, Côtes du Roussillon villages et AOC Languedoc pour rendre possible dans le cadre administratif actuel, le repli des volumes.

Yann Kerveno

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