La France des “3 000”

Cette France-là, voyez-vous, c’est celle qui ne part pas en vacances, car elle n’a pas le temps ou car elle n’a pas l’argent. C’est celle qui, pour visiter le monde doit se contenter de regarder des reportages télévisés. C’est celle qui ne va pas au restaurant ou bien si rarement, quand elle murmure, après le repas, un peu gênée : “finalement nous prendrons juste un dessert, pour les enfants”. Cette France-là, c’est la France des 3 000 euros. Autrement dit l’équivalent de ce que gagne un couple pour faire vivre une famille, aller aux commissions, payer son loyer ou le prêt de la maison, les impôts, le crédit de la voiture, l’essence, l’électricité, le quotidien, les assurances, la maison de retraite où il fallut se résoudre à placer le pépé. Cette France-là ce n’est pas la France de ceux qui pleurnichent le lundi et qui prennent l’avion le mardi pour profiter de la vie et de leurs placements. Non, c’est la France de ceux qui ne savent pas faire semblant, qui n’ont jamais pu mettre un sou de côté et qui, paradoxalement, savent encore faire preuve de générosité.
La France de ceux qui osent montrer leurs bulletins de salaire
C’est la France de ceux qui osent montrer leurs bulletins de salaire. La France où, quand un des deux, au sein du couple, perd son emploi, c’est tout un quotidien qui bascule dans la misère. C’est la France des heures supplémentaires et de ceux qui bossent au noir le week-end parce qu’il faut remplacer la machine à laver. C’est la France qui répare sa bagnole le dimanche matin car elle n’a plus les moyens de la remplacer.
Cette France-là c’est celle qui n’ira jamais s’asseoir avec les riches au Fouquet’s ou faire du ski avec un président à La Mongie. C’est celle qui n’ira peut être pas manifester pour le climat et qui n’a pas les moyens de se demander s’il faut ou non manger de la viande le lundi. Cette France-là, c’est celle à qui l’on dit qu’il va falloir travailler quelques années de plus parce que l’espérance de vie a augmenté. Cette France-là, c’est celle de ceux qui sont toujours passés à côté de tout, sans jamais rien demander, sans jamais avoir démérité. Cette France-là, ce n’est pas celle qui casse ou qui détruit, ce n’est pas non plus celle que l’on distrait avec des cahiers de doléances pour amuser la galerie. C’est celle qui construit, qu’il faut écouter et qui, une bonne fois pour toutes, mérite le respect.

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