La décadence du testicule

Un policier, père de trois enfants, assassiné à Rodez dans l’Aveyron par un individu qui avait été interpellé 42 fois. Un abattoir incendié dans l’Ain alors que, ces jours derniers, des boucheries furent vandalisées par des militants végans et antispécistes. Un rappeur qui scande “Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez leurs parents…”. Un jeune luron fraichement sorti de prison qui pose en “marcel” et casquette retournée en compagnie du Président de la République. Sur la même photo, un autre derviche du même acabit, torse nu et pantalon baissé sur le slip, qui fait un doigt d’honneur à la caméra alors que Macron est appuyé sur son épaule…
Sept heures du soir, quelque part sur l’Aubrac, un petit bistrot où les éleveurs et les artisans ont l’habitude de se retrouver. L’un d’entre eux feuillette la gazette locale. Entre deux tournées de gentiane, l’homme d’ordinaire taiseux, passe sa main entre le crane et le béret. Ensuite, il lance, en faisant certainement référence, métier oblige, aux attributs d’un taureau : “Ce coup-ci, ça part en couille”. D’où le titre de cet édito rédigé, je le concède, de façon plus révérencieuse.
Quelques jours plus tôt, des agriculteurs manifestaient dans les P.-O. pour obtenir, en vain, le retour des exonérations de charges sur les travailleurs occasionnels. La veille, le ministre de l’Agriculture se rendait dans l’Aude pour dire aux éleveurs de la Piège et du Razès qu’ils pouvaient faire une croix sur les Indemnités compensatrices de handicap naturel. La veille également des usagers manifestaient afin que soit rétabli le trafic ferroviaire sur la ligne Perpignan – Villefranche interrompu depuis dix mois…

La frénésie autolâtre, le doigt d’honneur politique
Et un peu partout, au même moment, des infirmières, des salariés, des retraités attendent des réponses à leurs demandes en réclamant un peu plus d’équité, de dignité, de considération. Ils le font en manifestant, en écrivant, en sollicitant leurs députés, leurs sénateurs. Et ils ne sont pas entendus. Peut-être tout simplement car il faut désormais, pour obtenir gain de cause, changer de méthode. Et poser, pourquoi pas, en soutien-gorge et liquette résille en compagnie du couple présidentiel, comme ce fut le cas en juin dernier, lors de la Fête de la musique sous les ors de l’Elysée. Ou bien s’afficher débraillé et provocateur, chaine à gros maillon autour du cou, le torse collé à la chemise du premier d’entre nous dans un corps à corps tactile où le grand chambardement des idées absout la cabriole et dissout les préjugés.
Oui, pour être écouté il faut peut-être arrêter de brûler des pneus, de déverser des invendus, de défiler dans les rues. Il faut laisser de côté son tracteur, sa blouse blanche, son marteau piqueur, son quotidien d’ouvrier, d’artisan, de paysan pour préférer à ces outils d’un autre temps la frénésie autolâtre, la saltation artistique, le copinage médiatique, le tatouage carcéral et, bien entendu, le doigt d’honneur politique !

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