Juppé et les autres

À bien y regarder, mis à part chez ceux qui gagnent des millions en trottinant derrière une baballe, il nous sera bien difficile de trouver meilleure soupe que celle offerte par la République française à ses serviteurs. Citons, afin d’illustrer ce propos, le sage nouvellet qui vient d’être nommé au Conseil constitutionnel pour 9 ans, puisque c’est le bail consenti à celles et ceux qui épousent la dite fonction. Alain Juppé donc, qui réclame au passage le “droit à l’oubli” concernant ses anciens démêlés judiciaires, percevrait donc, comme Lionel Jospin qui le précédait à ce poste, une indemnité d’environ 13 000 euros par mois à laquelle il faut rajouter sa retraite de parlementaire avoisinant 6 200 euros et celle d’inspecteur des Finances, évaluée à 3 654 euros.
Nous voici donc en présence d’un homme politique qui s’apprête à percevoir, approximativement et uniquement pour ces revenus-là, la somme mensuelle de 22 854 euros. Ce qui nous donne, à la louche et pour les 9 ans à venir, 2,46 millions d’euros, soit 20 fois le smic. Pas mal pour celui qui, n’étant pas à un paradoxe prés, préconisait avant les présidentielles un départ à la retraite à 65 balais et fit pourtant valoir ses droits à 58 ans.
Alors, bien sûr, diront certains en brandissant in petto le spectre de la jalousie et de la médiocrité réunis, quoi qu’en dise la plèbe, l’homme a beaucoup fait pour son pays et pour la ville de Bordeaux notamment. Peut-être ! Oui, peut-être, comme Giscard ou Fabius, également membres du Conseil constitutionnel bientôt rejoints par Jacques Mezard, éphémère ministre pendant un mois et 2 jours de l’Agriculture sous l’ère Macron qui vient de le proposer pour siéger 2 rue de Montpensier au bien nommé Palais Royal.

Ne pas confondre “générosité” et “reconnaissance”
Oui, peut être faut il ne plus parler de “générosité”, mais plutôt de “reconnaissance” à l’égard de celles et ceux qui ont consacré leur vie à servir notre pays en réalisant de grands desseins avec l’argent public, autrement dit avec celui des autres. Et, puisque nous y sommes, parlons justement un peu des autres qui n’ont pas pu entrer en politique car ils n’étaient pas prédisposés à la fonction, car ils ne pouvaient accéder aux investitures qu’impose le calibrage des partis, car ils n’étaient pas cooptés dans l’entre-soi des réseaux où la discrétion est de règle et où, pour paraphraser Alphonse Daudet : les perdreaux vont en bande et nichent ensemble au creux des sillons.
Oui tous ces autres qui n’ont pas su ou pu trouver le courage, le talent et le temps pour affronter le verdict des urnes, qui aujourd’hui se plaignent pour un oui ou pour un non, qui font dans la démagogie et ne respectent même plus ceux qui, soi-disant, servent plus qu’ils ne se servent sous les ors de l’institution.
Oui, tous ces autres qui se lèvent chaque matin et qui font pourtant, jour après jour et à la sueur de leur front, pour 20 fois moins que M. Juppé, vivre toute une nation.

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