Intempéries : Fabienne Bonet hausse le ton 

Indemnisations, dossiers en souffrance, nettoyage des cours d’eau, fermeture de la RN 116, le compte n’y est plus. Et les problèmes s’accumulent. La présidente de la Chambre d’agriculture demande à l’État et aux collectivités territoriales la prise en compte urgente de toutes ces difficultés.

Suite aux récentes intempéries qui ont impacté les différentes filières agricoles du département, quelles sont les actions menées par la Chambre d’agriculture, organisme que vous présidez ?
Nous servons de relais entre les producteurs sinistrés et l’État, ainsi qu’auprès des collectivités territoriales. Une réunion est prévue mardi 4 février après midi, (NDLR : après notre bouclage) pour évoquer le sujet des récentes inondations avec l’ensemble des administrations concernées. Des comités d’expertise, DDTM et Chambre d’agriculture sont mis en place et les visites pour chaque filière auront lieu cette semaine. Il ne faut pas perdre de temps afin de pouvoir passer en commission calamités en mars pour les pertes de fonds et en juin pour les récoltes. Nous avons, à ce titre, adressé aux agriculteurs concernés par ce sinistre la marche à suivre pour les déclarations.
Que peuvent espérer, en terme de dédommagement, les agriculteurs impactés par ces intempéries ? Et quels seront les délais ? 
Les indemnisations des calamités agricoles seront insuffisantes puisqu’elles ne prennent qu’un pourcentage de la perte (indemnisation barème 25 à 35 % de la perte). Je vais donc interroger la Région et le Département pour savoir s’ils envisagent de cofinancer le dispositif Calamité puisque les textes le prévoient. Nous demanderons à la DDFIP la mise en place d’exonération TFNB. Et nous les interrogerons sur la question des difficultés de paiement concernant les dettes fiscales et sociales. Nous demanderons à la Direccte d’activer le chômage partiel. Nous avons d’ores et déjà eu plusieurs agriculteurs au téléphone qui souhaitent utiliser cette mesure. À la MSA, nous demanderons, comme c’est le cas pour chaque intempérie, des reports de cotisations et le déblocage des enveloppes de prise en charge de cotisations non-salariés. Nous questionnerons les banques pour savoir ce qu’ils comptent faire en matière de reports d’annuités et d’aménagements de dettes. Précisons également que la Chambre d’agriculture anime une “cellule agriculteurs en difficultés”. Nous proposons que les agriculteurs les plus impactés se fassent connaitre auprès de Stéphane Africano pour mettre en place une cellule Agridiff suite à ces inondations. Enfin, et nous nous adresserons plus particulièrement au Conseil départemenal, pour les cas les plus touchés, comment faire appel à la solidarité avec ce que nous pourrions appeler un revenu minimum spécial inondations.
“Des gens vont rester sur le carreau”
Un dossier inondation qui vient se rajouter à d’autres non encore soldés ?
Effectivement le dossier échaudage n’est toujours pas réglé, celui du gel et des tempêtes non plus. Tout s’accumule. Des gens vont rester sur le carreau avec une conjecture économique qui n’est pas là pour arranger les choses. La Chambre d’agriculture va donc remettre la pression auprès des pouvoirs publics et des collectivités territoriales pour que les dossiers en souffrance soient réglés sans délai et pour que la récente calamité le soit également.
Concernant les cours d’eau, beaucoup d’agriculteurs montrent du doigt l’entretien des rivières qui serait insuffisant, voire inexistant. Ils dénoncent la présence d’embâcles et la formation d’obstacles qui contribuent aux débordements et aux ravinements.
Ils ont raison, les dégâts considérables sont également imputables au défaut d’entretien des cours d’eau. Espérons, à ce titre, que les communes sinistrées passeront en catastrophe naturelle, car beaucoup de canaux ont été endommagés. Plus globalement, nous sommes confrontés à la législation car les agriculteurs ne peuvent plus intervenir eux mêmes. Ou bien, ils doivent effectuer une démarche administrative lourde (DICT) pour toute intervention dans un cours d’eau. Les échanges entre agriculteurs et l’Agence de l’eau sont souvent tendus à ce sujet. C’est la quadrature du cercle, quand nous voulons nettoyer, on nous l’interdit. Et quand on demande à l’État d’intervenir, parce qu’il faut protéger l’oiseau ou le poisson, ils nous opposent des arguments écologiques. Ce sujet sera également abordé avec les pouvoirs publics.
Dernier point, la RN 116 bloquée à hauteur de Fetges pour une durée indéterminée, avec cette fois-ci un effondrement très conséquent qui laisse présager une fermeture durable et un préjudice important pour les habitants des hauts cantons.
Toute l’économie sera touchée. En ce qui concerne l’agriculture, nous évoquerons bien entendu le problème des éleveurs qui doivent descendre des animaux sur Perpignan avec des temps de trajet aller-retour de huit heures minimum, ce qui nécessite deux chauffeurs et perturbe considérablement le fonctionnement des entreprises. Là encore, l’État doit prendre ses responsabilités et indemniser ceux qui ne peuvent pas exercer normalement leurs activités, car une fois de plus une route nationale est coupée sine die.

Propos recueillis par Jean-Paul Pelras

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