Grogne dans l’artisanat : Robert Massuet enfonce le clou !

Taxes, carburants, emploi, contraintes administratives, économiques, sociales. Le président de l’UPA répond sans langue de bois à nos questions.

À l’heure où bon nombre de professionnels, tous secteurs confondus, sont très remontés contre la politique du gouvernement, qu’est- ce qui, selon vous, impacte le plus le secteur de l’artisanat ?
Je commencerai par les contraintes administratives qui sont devenues intolérables. Pour vous donner une image, autrefois, à condition de ne pas se donner un coup de marteau sur les doigts, pour planter un clou il fallait 3 secondes. Maintenant il faut une journée. Tout simplement car il faut se plier à une réglementation de plus en plus draconienne qui nécessite des heures d’entretien, des formulaires à remplir et des guides à consulter. Récemment, pour un chantier à plusieurs milliers d’euros, j’ai dû parafer 1 100 feuilles en 3 exemplaires, soit 3 300 feuilles à signer. Résultat des courses, l’artisan n’y arrive plus. Il doit déléguer à son épouse ou payer un comptable pour gérer la paperasse.
À quelques semaines de la mise en place du prélèvement à la source redoutez-vous de nouvelles difficultés pour vos entreprises ?
Bien entendu. En plus de le faire pour les charges sociales, nous allons devenir des collecteurs d’impôts pour l’État. Avec tout ce que cela va susciter comme coûts supplémentaires pour l’entreprise et comme sources de conflits avec nos salariés. Car c’est encore sur nous que vont retomber les réclamations, alors que nous allons faire le travail de l’administration fiscale. C’est le monde à l’envers.
De nombreux artisans sont installés en milieu rural. À quelles préoccupations sont-ils confrontés au quotidien ?
Aux problèmes des réseaux téléphoniques et internet, mal desservis par intermittence ou de façon permanente. Dans certains villages, y compris en plaine, ils ne peuvent plus envoyer une facture, effectuer une déclaration ou répondre au téléphone quand ils sont sur un chantier. Ce qui nuit forcément au bon fonctionnement et à la compétitivité des entreprises.

“Il faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles”
Des entreprises qui se mobiliseront peut être le 17 novembre prochain pour manifester leur ras le bol face à la hausse du prix du carburant ?
La hausse de la fiscalité sur le gas-oil pour des raisons soit disant écologiques devient intenable, à la fois pour les artisans et pour leurs clients. Il faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles. Quel artisan pourra demain renouveler son parc de véhicules pour passer à l’électrique avec des camions et des fourgons qui ne sont pas adaptés à ce type de transition énergétique, si ce n’est moyennant un cout exorbitant ? En attendant, nous sommes les vaches à lait d’un système qui prélève des taxes pour un oui ou pour un non sans tenir compte de nos trésoreries et du pouvoir d’achat de nos clients. C’est une vue à court terme qui, petit à petit, impacte l’économie française au lieu de la relancer.
Vous disiez, voici quelques temps, avoir du mal à recruter des salariés dans le secteur de l’artisanat. Ce problème est-il toujours d’actualité ?
Plus que jamais. Tout d’abord évoquons la formation. Pour dire que beaucoup d’artisans hésitent à prendre des apprentis car la démarche est trop contraignante. C’est une responsabilité que certains ne veulent plus endosser car couteuse, chronophage, peu ou pas rémunérée et risquée à l’heure où, pour un oui ou pour un non, tout le monde devient procédurier. Ensuite concernant les salariés, je vais peut-être en choquer certains, mais aujourd’hui nous avons affaire à deux mondes. Celui qui cherche du travail et celui qui n’a pas envie d’en trouver. Tout simplement car certains, bénéficiant des dispositifs existants, gagnent plus en restant chez eux qu’en allant travailler. Surtout s’ils doivent payer l’essence !
Actuellement de nombreuses entreprises départementales rencontrent des difficultés, y compris parmi les plus importantes et notamment dans le secteur du bâtiment. L’artisanat est-il menacé par ce phénomène dans sa globalité ?
Oui et, il faut le préciser, tous secteurs confondus. Car ces difficultés sont liées à un contexte où seul le moins disant remporte l’appel d’offre. Pour cela, il doit faire face à une concurrence étrangère bien évidement de plus en plus redoutable car bénéficiant de coûts salariaux beaucoup moins importants que les nôtres. Les Turcs, les ressortissants des pays de l’Est et les Espagnols usurpent nos marchés traditionnels. Et nous subissons, car la législation ne nous protège pas.
Comment voyez-vous l’avenir dans le secteur d’activité que vous représentez ?
Depuis quelques mois, dès que je croise un artisan, c’est systématiquement la même rengaine : “Il y en a marre. Vivement la retraite” Et pourtant il s’agit de gens motivés qui ont l’amour du métier et du savoir-faire chevillé au corps. Un peu partout c’est le découragement qui l’emporte. Ce n’est pas comme ça que nous allons redresser la France.

Propos recueillis par
Jean-Paul Pelras

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