Grêle de mai 1990 : l’union a fait la force !

De mémoire de Roussillonnais, l’épisode tempétueux de grêle, ou plus précisément de morceaux de glace, qui sévit l’après-midi du 23 mai 1990 sur le canton de Millas a marqué bien des mémoires. Véritable déluge de grêlons, aux grosseurs et formes inhabituelles, qui ont haché, sur plus de 2 000 hectares, champs, vignobles et vergers dont la saison de récolte venait juste de débuter. Sur une large bande du territoire s’étirant de Força Réal à Néfiach, jusqu’à Thuir, en passant par les communes de Millas, Saint Féliu d’Avall, et Saint Féliu d’Amont pour les plus touchées, rien n’a été épargné. Serres, hangars, toitures, véhicules endommagés, ce jour-là si, par miracle, on a eu à déplorer que quelques blessés légers, le ciel a sinistré l’économie agricole de la zone à hauteur de 37 millions d’euros et paralysé son activité durant de nombreux mois. Désœuvrés, dépourvus de recettes, durant plus d’un an pour certains, les exploitants de la zone ont pu avoir recours au RMI (revenu minimum d’insertion) pour survivre et pallier à cette épreuve. 30 ans après les faits, Jean-Pierre Bourquin, retraité agricole, témoigne de cet épisode dont il garde une empreinte indélébile et qui l’a projeté, malgré lui, au devant de la scène pour défendre les intérêts des exploitants sinistrés. Interview.

Pouvez-vous nous décrire cet orage de grêle ?
Tout c’est déroulé entre 14 h 15 et 14 h 30, l’horaire est important car il aurait pu y avoir des morts parmi les équipes de cueilleurs ! Nous étions sur le point de continuer la récolte des nectarines à Saint Féliu d’Amont et l’orage menaçait du côté de Força Réal. J’ai gardé l’équipe à l’abri au mas Jacquet en leur disant : “Ne commencez pas ! Le ciel est bien noir, attendons que l’orage passe”. Peu de temps après, des morceaux de glace ont commencé à tomber. En l’espace d’un quart d’heure, tous les vergers ont été laminés, fruits au sol, branches arrachées, cela a été très violent ! J’ai également subi de nombreux dégâts dans les vignes et les serres

Cette catastrophe a-t-elle été une remise en question pour beaucoup d’exploitants agricoles ?
Vu l’ampleur des dégâts, oui. Et j’ai de suite compris que nous allions devoir entreprendre une réflexion profonde pour maintenir l’activité. D’ailleurs, cette tempête a signé la disparition de nombreuses petites structures sur le canton. Aujourd’hui, sur zone, il ne reste en majorité que quelques exploitations dominantes en pêche, peu en maraîchage et quelques vignes. Pour ma part, à l’époque, j’étais assuré pour la vigne et les serres mais pas pour les vergers. Et avec la mauvaise expérience du sinistre neige de 1981, je savais très bien que, même en étant assuré, on ne couvre jamais l’ensemble des frais.

Vous vous-êtes donc, sans le vouloir vraiment, retrouvé porte-parole du “comité tempête de grêle” ?
C’est bien ça, après avoir assisté, le lendemain de la tempête, à une réunion au foyer de Millas avec le préfet, le député de la circonscription, le représentant de la DDA, j’entends dire par le président de la Chambre d’agriculture, Jules Labadie : “De toute façon, ceux qui ne sont pas assurés n’auront droit à aucune aide, car c’est un risque assurable !” Phrase que je répète lors d’une deuxième réunion, dans ce même foyer de Millas, où l’ensemble des exploitants de la zone était présent, dont le président. Tollé général dans une salle pleine à craquer ! Et me voici être la voix du comité tempête de grêle qui se créera dans la foulée pour défendre l’ensemble des sinistrés. J’étais plutôt habitué à manager dans le milieu associatif du rugby. Mais la réaction, incompréhensible pour un président de la Chambre d’agriculture, m’avait fait sortir de mes gonds !

À Millas, le maire de l’époque, François Beffara, a été un précieux allié pour le comité ?
C’est exact, il a tout de suite mesuré l’ampleur économique et sociale de cette terrible crise et nous a mis à disposition la logistique de la mairie. Sans attendre, avec les membres du comité et Roger Majoral qui représentait la Chambre d’agriculture, nous lancions un appel général à la déclaration des sinistres en mairie. En 48 h, nous avions recensé les chiffres de l’ensemble des pertes ! Cette union a surpris les instances et autorités qui ont compris que nous étions organisés et bien décidés. Notre objectif était de faire reconnaître le caractère exceptionnel de cette tempête de grêle qui, pour nous, n’en était pas un !
En quelques jours votre mouvement a, par la force des choses, embarqué politiques et syndicats pour une réunion ministérielle à Paris.
Effectivement et par l’intermédiaire du député Pierre Estève nous avions aussi obtenu, avec François Beffara, une réunion préparatoire avec le ministre de l’Agriculture, Henri Nallet. Lequel nous a entendus, compris et mis à disposition un directeur de cabinet pour mettre en œuvre les plans d’aides et d’accompagnements. Pour maintenir la pression et accélérer les décisions ministérielles, nous avions aussitôt organisé en semaine, avec le soutien des maires du canton, une manifestation, une marche aller-retour entre Millas et Saint Féliu d’Amont.

La mobilisation rapide de toute la profession a porté ses fruits ?
Oui, malgré certaines oppositions sournoises, nous avions réussi à obtenir les mesures habituelles de calamité agricole, comme les prêts, les reports des taxes d’arrosages, du foncier, des cotisations sociales, des échéances bancaires en cours, ainsi que l’aide militaire du 24e RIMA de Perpignan pour nettoyer les dégâts. Et surtout, le temps de pouvoir survivre et refaire une trésorerie pour les plus de 250 exploitants agricoles, l’obtention du RMI auquel, en temps normal, ils n’auraient pas eu droit !
30 ans après, pour Jean-Pierre Bourquin, la seule leçon à retenir de cet épisode catastrophique est l’union exemplaire dont a fait preuve l’ensemble des agriculteurs, en mettant de côté leurs couleurs syndicalistes et politiques.

Propos recueillis par Thierry Masdéu

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