Fruits d’été : une campagne en quart ou demi-teinte ! [par Yann Kerveno]

La cerise a vécu sa pire saison depuis 30 ans, l’abricot fait la moue et le marché se durcit pour les pêches et nectarines.

On va finir par chercher quelle filière agricole passera cette année à travers une mauvaise campagne. Pour les fruits d’été c’est déjà compliqué. On a dernièrement évoqué dans ces colonnes le manque de froid, donc de dormance, de cet hiver, le printemps pluvieux en diable… Et voici que le marché décroche depuis début juillet pour les pêches et les nectarines. Avec des stocks qui commencent à peser dans les entreprises et des prix qui tirent vers le bas. Pour Jean-François Not, président d’Ille Fruits, il y a plusieurs explications. La première c’est une conjonction compliquée de météo défavorable en juin, une avance d’une dizaine de jours sur une campagne normale et une récolte, petite en volume de – 10 à – 20 %, qu’il faudrait accélérer avec les chaleurs de ces derniers jours, le tout sanctionnant une qualité de produit qu’il qualifie de moyenne. Et puis il y a les éléments du marché, assez peu engageants, à bien y regarder, avec un décrochage de la consommation constaté depuis le début de l’été. “Au sein de l’AOP pêches et nectarines, il manque en ce moment 300 à 400 tonnes de consommation par jour par rapport à une année normale” témoigne-t-il. Autre tendance, la désaffection de plus en plus marquée des consommateurs pour la pêche au profit de la nectarine. Il se vend aujourd’hui en moyenne une palette de pêches pour cinq ou six de nectarines. La pêche française souffre de la concurrence de la pêche plate espagnole, prisée des consommateurs et au prix imbattable.

Peu d’abricots
Enfin, la production souffre aussi de la guerre des enseignes, “surtout entre les indépendants qui se battent pour conserver des parts de marché.” Et maintenant que les frigos sont pleins, la pression sur les prix est plus intense encore. De mauvaise augure pour les prochaines semaines. En abricot, la récolte a été modeste, comme annoncé. Le recul dans les vergers est en moyenne de 50 % dans les Pyrénées-Orientales. De plus, la qualité n’était pas forcément au rendez-vous. Les variétés les plus précoces ont souffert des pluies… Pour les rouges, si la récolte n’a pas été plus abondante que pour les autres, les fruits étaient cependant de meilleure qualité et le Royal ne s’est pas trop mal comporté synthétise Élisabeth Bonnet, présidente de l’AOP Rouge du Roussillon. Faute de fruits, le marché s’est tenu. “Nous avons connu un marché normal en termes de prix, c’est-à-dire au prix où nous devrions être payés tous les ans et qui permet de couvrir le coût de production. Et dans l’ensemble, c’est resté fluide toute la campagne” ajoute-t-elle. Autre ombre au tableau, l’industrie qui, faute de fruits dans les arbres et de disponibilité, l’existant étant absorbé par le marché du frais plus rémunérateur, n’aura eu que des miettes cette année à transformer. Du côté de la cerise, l’affaire a été vite pliée dans la vallée du Tech et les vergers du Vallespir. C’est principalement la pluie qui est venue gâcher la récolte.

4 kg à l’heure au lieu de 10
“Nous avons récolté les premières cerises le 30 avril” se souvient Étienne Arnaudiès de la coopérative de Céret. “La pluie a fait tellement de dégâts que nous n’avons commercialisé qu’environ 25 tonnes, contre 100 à 120 sur une année normale.” Pour récolter, il aura fallu avoir de la chance et passer entre les deux épisodes pluvieux qui ont saccagé les vergers. Si les consommateurs se sont plaint du prix des cerises au détail cette année, c’est bien à cause de la rareté du produit. “Nous n’avons pas terminé de calculer mais nous serons entre 3 et 4 euros le kilo payé au producteur, en gros, presque un euro au-dessus des prix de l’an dernier” poursuit le directeur de la coopérative cérétane. Des prix qui ne compenseront pas le manque à gagner en volume, certains qui n’avaient que de la Burlat, n’auront rien récolté et les autres ont vu leurs charges exploser à cause du tri qu’il fallait effectuer à la récolte. “Pour qu’une récolte soit rentable, il faut avancer à environ dix kilos à l’heure. Cette année, c’était plutôt quatre kilos de l’heure.” Et il faut remonter à 1988 pour trouver trace d’une pareille déculottée.

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