Frédéric Belmas, vigneron : “Serais-je le dernier des Mohicans ici ?” [par Yann Kerveno]

À Saleilles, Frédéric Belmas, vigneron, se demande s’il ne sera pas le dernier à travailler les vignes qu’il a plantées.

Faire preuve d’optimisme par les temps qui courent n’est pas chose facile. Sans sombrer dans le renoncement, Frédéric Belmas, vigneron à Saleilles, ne peut empêcher les questions d’affleurer à la surface des choses. “Il y a 25 ans que je suis installé, j’y crois encore, je ne suis pas découragé” lance-t-il en guise de préambule, “mais je me demande sincèrement si je ne suis pas le dernier à travailler la vigne ici” s’interroge-t-il. Pourtant, il précise que son domaine, le Mas Alart, tourne bien, il exploite une vingtaine d’hectares de vignes, va développer un verger d’olivier sur deux hectares bientôt. Sa vente s’effectue essentiellement auprès des particuliers en local, pour 80 % des volumes, dont 80 % sont vendus directement au caveau. Qu’est-ce qui lui fait penser qu’il pourrait être le
dernier ? Le contexte. “Je vois autour de nous, les grands domaines qui sont rachetés par des gros négoces, la
question n’est pas de décider si c’est bien ou mal, mais je me demande si le petit vigneron artisanal pourra
survivre dans ce cadre.” Il y a aussi la société, ses demandes, ses injonctions contradictoires, plus d’écologie, plus de consommation locale, “et en face, 80 % du vin est encore vendu en grande distribution… C’est quelque chose que je peux comprendre, il y a la question du prix, mais nous ne pouvons pas faire moins cher, sinon on ne vit pas.”

“Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit”

Et puis il y a aussi les attaques contre l’agriculture : “qu’est-ce qu’on peut faire face à ce flot de critiques, c’est un peu comme si nous étions sous un marteau-pilon”. Oui, que faire ? Pas facile de trouver une solution au bout du rang. “J’ai l’impression que nous sommes tous la tête dans le guidon à essayer de trouver des solutions” rajoute le vigneron de Saleilles. “J’aimerais dire à nos concitoyens qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on leur dit, qu’il faut qu’ils fassent l’effort d’entendre d’autres sons de cloches, mais c’est un peu pot de fer contre pot de terre.” Il entrevoit toutefois une manière de faire, à petit pas. “Il faut que nous parvenions à faire venir les gens chez nous, sur nos exploitations, que nous puissions leur expliquer notre quotidien, qu’ils voient comment nous travaillons.” Il sait toutefois que ce travail aura toujours moins de portée “que les reportages d’Élise Lucet…” Alors, s’il ne veut pas baisser les bras, on sent quand même qu’il en a gros sur la patate. “Attention, je ne me plains pas de mon cas personnel, mais j’ai vraiment l’impression que notre modèle de petits vignerons n’aura bientôt plus de place sur le marché.” Quand il regarde autour de lui, c’est aussi un peu le vide. “Quand j’ai commencé, j’avais dix ou quinze voisins, aujourd’hui, je suis le dernier dans mon secteur, mes voisins sont des voisines, ce sont des friches.”

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