Formation : la fin de la poule aux œufs d’or ?

Voici quelques semaines, un lecteur, probablement équipé de quelques solides pressentiments, nous adressa une longue lettre intitulée “Petite histoire d’une fraude connue”. Dans ce courrier, il détaille par le menu et, de toute évidence, avec une connaissance approfondie du sujet, la genèse de la formation professionnelle en agriculture depuis le début des années 90. Seul petit problème, ce document, que nous allons bien entendu conserver en lieu sûr, n’est pas signé. De facto nous ne pouvons l’exploiter. Pour cela il faudrait que son auteur demande à nous rencontrer dans le cadre d’une interview. Une prudence et un anonymat que nous pouvons à la fois comprendre et regretter à l’heure où la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, vient de lancer son “big bang” de la formation professionnelle. Une réforme où le compte personnel de formation (CPF) sera donc crédité, non plus en heures, mais en euros. L’heure de formation coûtant jusqu’ici plus cher pour le cadre que pour l’ouvrier, la nouvelle formule avantagerait de facto les salariés. Précisons, à ce titre, que seulement 36 % des Français ont bénéficié d’une formation professionnelle en 2016, dont 66 % de cadres ou salariés de grandes entreprises. Autre nouveauté et non des moindres, une seule taxe sera prélevée, non plus par les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) aux mains des partenaires sociaux, mais par l’Urssaf. Une contribution de 1,68 % de la masse salariale dans les entreprises de plus de 11 salariés et de 1,23 % pour les plus petites qui restera inchangée. Les OPCA et les OPTA (organismes collecteurs de la taxe d’apprentissage) deviendront, sous le contrôle de l’Urssaf, des “opérateurs de compétences”. Avec, au sommet de la pyramide, une agence nationale composée de l’État, des partenaires sociaux et des Régions, qui veillera sur la qualité, le montant et la mutualisation des formations.
Comment ne pas trouver les montants disproportionnés et les ficelles un peu grosses ?
Nous y voilà, car sur ce coup-là nul ne sait comment sera réparti le gâteau, une fois les chapelles professionnelles diluées. Un sacré coup de pied également dans la fourmilière du paritarisme convenu où, ceci expliquant peut être cela, patronat et syndicats font bannière commune pour dénoncer la nouvelle “idée copernicienne” de la dame Pénicaud. Côté chiffres, on compte une vingtaine d’organismes paritaires qui redistribuent la collecte auprès des organismes de formation dont le nombre, assez bizarrement, varie entre
55 000 et 62 000… Autres chiffres, ceux de la Fédération de la formation professionnelle qui indique que 150 000 salariés sont employés dans ce secteur pour 17 millions de personnes formées chaque année en France. À ce moment-là, il faut aller chercher la calculette pour diviser le coût annuel de la formation professionnelle, soit 32 milliards d’euros par 17 millions d’individus. Ce qui nous permet d’obtenir un montant de 1 882 euros. Autrement dit, la somme qui serait consacrée chaque année à chacune des personnes ayant suivi une formation. Comment ne pas trouver les montants disproportionnés et les ficelles un peu grosses ? D’où, certainement, cher auteur anonyme, ce courrier que vous nous avez adressé avec moultes précisions et exemples. Et cette question qui motiva peut-être le “big bang” initié par la ministre du Travail : à qui a réellement profité, jusqu’ici, l’argent de la formation ?

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