Excessif ? Et alors !

SI vous voulez passer pour un con, pour un abruti, pour un réac, pour un excessif, pour un poujadiste, pour un populiste, voire même pour un facho, rien de plus simple : dites que vous êtes contre la réintroduction de l’ours et du loup, que vous aimez la viande, que vous n’êtes pas contre les OGM, que vous ne triez pas vos déchets, que vous vous méfiez des produits bio, que vous roulez avec une voiture diesel, que vous ne vous déplacez jamais à vélo, que vous trouvez les cotons tiges et les gobelets en plastique bien pratiques, que vous n’appréciez pas les leçons de Yann Arthus Bertrand, de Cohn Bendit, de Hulot, de Bové, de Di Caprio, de Rahbi, ou, entre autres célébrités, de la jeune et gentille Greta Thunberg, qu’il vous arrive de soutenir les gilets jaunes et, comble du blasphème, que vous utilisez du glyphosate.
Pour rester dans l’actualité, payez-vous le luxe de contredire celles et ceux qui veulent règlementer l’accès au Canigou, en soutenant ceux qui défendent à contrario “l’accès à tous ou à personne”. Dans la foulée, ayez également une pensée pour le train de marchandise Perpignan-Rungis et cette mobilisation médiatico-écologique qui dénonce le remplacement d’un moyen de transport ferroviaire par le trafic annuel de 20 000 camions. Précisons à ce titre que si 1,8 millions de tonnes transitent par la plateforme d’importation perpignanaise, notre département ne produit que 170 000 tonnes de fruits et légumes dont une grande partie pour l’approvisionnement local. Nous pouvons donc en déduire que les 400 000 tonnes achalandées de Perpignan à Paris par le rail sont surtout des denrées en provenance d’Espagne et du Maroc. Sur ce coup-là les environnementalistes et les médias se sont peut-être un peu vite emballés, en prenant fait et cause pour des oranges, des fraises et des tomates produites dans des conditions qui empruntent à l’esclavagisme en Andalousie ou au Sahara occidental…

Faut-il s’excuser de vivre ou d’avoir vécu ?
Mais il en va des denrées comme des idées. Peu importe d’où elles proviennent, le principal étant de sauver la planète, si possible en confortant son lectorat et son électorat, tout en faisant preuve de pédagogie médiatique et politique. Entre la conviction et la doctrine le chemin n’est pas bien long qui conduit à l’opprobre et à la stigmatisation. Le monde agricole est, à ce titre, en train de payer un lourd tribu à toutes ces conneries. Avec des vignerons qui, faute d’alternative (économiquement viable) aux désherbants devront abandonner leurs parcelles, avec des maraichers et des arboriculteurs accablés de normes qui vont devoir mettre la clé sous la porte car ils ne sont plus compétitifs face à leurs concurrents européens ou mondiaux, avec des éleveurs qui sont épiés et agressés jusque sur leurs exploitations par des extrémistes vegans ou antispécistes, avec des artisans bouchers qui voient leurs commerces saccagés et leurs professions discréditée par un mouvement auquel les médias font la part belle.
Faut-il ou non suivre à la lettre les recommandations du Club de Rome (Les limites à la croissance Rapport Meadows 1972) et, en quelque sorte, s’excuser de vivre ou d’avoir vécu ? Si oui, allons-y tous sans exception, sans passe-droit, sans copinage, sans favoritisme. Levons le pied en imposant aux entreprises et aux particuliers une série de dogmes environnementaux habilement adossés à des contraintes fiscales. Et suivons à la lettre les conseils des gentils écolos qui perçoivent des indemnités de ministres et se déplacent en hélico. Jusqu’au jour où, affamés, dénutris et carencés, ils reprendront un bon morceau de viande en la trouvant beaucoup plus appétissante que leurs idéaux.

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