Entretien de la Têt : comment le fleuve est devenu une forêt !

En moins de trente ans, alors que le lit de la rivière avait été totalement déblayé, la végétation a repris le dessus dans des proportions qui dépassent l’entendement. Analyse (et souvenirs) !

C’était dans une autre vie. Je venais de m’installer comme jeune agriculteur aux côtés de mon frère sur une exploitation maraichère et serriste en bordure de la Têt. Nous sommes à la fin des années 80. Une portion de la RN 116 vient d’être inaugurée. Le lit de la Têt est alors nettoyé d’une berge à l’autre comme en témoignent ces photos prises depuis la falaise du Soler et en ULM. Il ne reste plus un arbre et l’on pouvait, à la saison sèche, nettoyer le cours d’eau avec un “rasclet” ou traverser le fleuve à pied sans aucune difficulté. 30 ans plus tard la végétation est omniprésente et la Têt creuse, tant bien que mal, son lit entre les arbres qui mesurent pour certains 20 mètres de haut (voir photos prises en début de semaine). Que s’est-il passé entre temps ? Notre exploitation, comme beaucoup d’autres en maraichage, conjoncture, mévente et importations obligent, a fini par sombrer au large des années 90, 15 préfets se sont succédés dans les Pyrénées-Orientales et les environnementalistes ont fait leur apparition sur la scène politico-administrative du département… Résultat des courses, il faut désormais laisser pousser les arbres car ils ralentissent, soi-disant, le débit de l’eau en cas de crue. Mais aussi, et entre autres, car ils permettent la nidification des oiseaux.

Quand le bon sens paysan l’emportait encore sur les lobbies et les lubies…
Sauf que, quand ces arbres se transforment en embâcles et qu’ils viennent obstruer l’arche d’un pont, les abords d’une digue ou l’embouchure d’une rivière, l’eau monte dans des proportions qui ont, en un quart de siècle, suscité énormément de dégâts. Et qui pourraient, dans les années à venir, en provoquer encore plus. À ce moment-là, comme nous venons de le voir en Salanque, que ce soit pour les riverains de la Têt ou ceux de l’Agly, ce sont encore une fois les agriculteurs, ceux qui ont pu résister tant bien que mal aux aléas du métier, qui paient le prix fort avec des pertes de fonds parfois irréversible, du limon recouvrant les cultures et des sols ravinés dans des proportions qui empêchent toute nouvelle exploitation. Rajoutez à cela l’interdiction de refaire les seuils, mais aussi celle de créer des retenues collinaires, et nous nous retrouvons avec des crues dévastatrices qui menacent l’économie locale sans qu’aucune réserve d’eau en aval des barrages puisse être mise en place pour les périodes d’étiage et de sécheresse. Ce n’est qu’un constat, un de plus, qui évoque cette période où le bon sens paysan l’emportait encore sur l’artificialisation irraisonnée des terres et les lubies de ceux qui justement n’ont pas toujours les pieds sur terre.

Jean-Paul Pelras

5 pensées sur “Entretien de la Têt : comment le fleuve est devenu une forêt !

  • 30 janvier 2020 à 7 h 16 min
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    Ajoutez à ça le fait que de grandes quantités de sangliers y ont trouvé tranquillité, gîte et couvert de vinca jusqu’à Canet rien que ça ….. qu’il y a des collisions tous les jours…. il y aura des morts ! Il devient urgent de nettoyer le lit de la têt, tout nettoyer à blanc par le feu serait certainement le plus simple, on nous répondra que des oiseaux y nichent, des tortues ou autres lézards ou quelque rares insectes y vivent et nous devons les protéger…. foutaise quand on voit l’état des berges de la têt en traversant Perpignan, quand on voit l’impressionnante quantité de limon déposé jusque sur les routes ….. il n’y a plus rien c’est désert de vie il serait certainement temps d’agir .

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  • 31 janvier 2020 à 23 h 49 min
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    Il fallait écouter les ingénieurs de la DDA de cette époque années 70-80

    Il y avait des fabriques de facettes qui exploitaient les bouleaux de bord de rivière, les rivières étaient curées, les entreprises d’extraction de sable étaient surveillées par la Police des Eaux, etc….
    Les vannes des barrages étaient fonctionnelles et permettaient le passage du sable,etc…
    Maintenant il ne faut toucher à rien et les fleuves du 66 se comblent….

    Il faut revenir à un nettoyage total et exploiter la Tet et la rendre navigable…pourquoi pas !

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  • 12 février 2020 à 10 h 54 min
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    Jean-noel Clanet Les amoureux de la nature apprécierons … Et aussi a une époque personne ne voulait du barrage de Vinça .;. Oui il faut que la nature reprenne ces droit , mais ils faut aussi un minimum d’entretient , Parce les dernières inondations qui viennent de se dérouler auraient catastrophique au niveau de Perpignan par la vitesse qu’aurait pris le courant , juste a voir le passage a guet de Néfiach arraché sur un tiers de la largeur de la Têt . Je n’ai surtout rien contre les agriculteurs , mais s’amuser a tout désertifier, comme certain champs pour de la super production ou plus une âme animal vie … Ou les nappes d’eau sont asséchées par le gouttes a gouttes , Alors ou allons nous ? A savoir aussi les arbres sont les plus grand pourvoyeur d’eau des nappes phréatiques..

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