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Jeudi 9 février 2012 - n°3303
DOSSIER
Prédateurs : le silence des agneaux

“Revenons
à nos moutons” aimeraient pouvoir dire les éleveurs quand le débat
concernant la réintroduction de certaines espèces sauvages dans le
massif pyrénéen va certainement peser dans la campagne électorale.
Avec, d’un côté, ceux qui défendent une économie et, de l’autre, ceux
qui militent pour une certaine biodiversité.
L’information fut, entre autres, relayée par nos confrères du journal agricole “Terres d’Ariège”
en juin dernier. La fête de la transhumance en Biros n’a pas eu
lieu cette année. La faute, selon les organisateurs de cette
manifestation, aux dégâts causés par les ours sur les troupeaux en
2011. Le nombre de 80 à 100 bêtes perdues par groupement pastoral
est, à ce titre, évoqué dans l’article avec, toujours selon les
éleveurs, six ours présents dès l’été prochain sur ce même secteur. Ce
qui pourrait entraîner l’abandon de certaines estives et, de surcroît,
le découragement au sein d’une filière régulièrement confrontée aux
attaques des prédateurs.
“Prédateurs”, le mot est lâché comme le renard dans le poulailler avec
son cortège de lynx, de vautours, de gypaètes barbus, d’ours, de chiens
errants, de grands corbeaux et de loups. Avec, uniquement pour cette
espèce, une population estimée à 200 individus sur le sol français,
tandis que fin 2011 plus de 4 000 victimes, principalement des
ovins, étaient répertoriées par le ministère de l’écologie.
Léviathan des cimes, Teddy bear des montagnes
Inutile
ici de revenir dans les colonnes d’un journal agricole sur la lassitude
des éleveurs dont l’activité et l’induction qu’elle représente pèse de
moins en moins face aux argumentaires écologistes. Avec, de surcroît,
un bras de fer arbitré par des gouvernements successifs qui n’osent
brusquer personne et qui, d’une certaine façon, contribuent à
l’entretien d’une polémique où s’affrontent, depuis des décennies, les
opposants des Léviathans des cimes et les inconditionnels du Teddy bear
des montagnes. Car les loups avec lesquels dansent Kévin Kostner et les
ours filmés par Jean-Jacques Annaud exercent une véritable fascination
sur l’homme en empruntant à des sentiments qui évoluent de la
tendresse à la peur et vice versa, depuis notre prime enfance.
Alors, bien sûr, des mesures de prévention sont prises avec l’embauche
de bergers ou de gardiens itinérants, la réintroduction du patou
pour la défense des troupeaux, la mise en place de parcs de contention,
l’intervention encadrée des chasseurs, l’aménagement de cabanes
pastorales, l’indemnisation des pertes subies ou encore et, entre
autres, des systèmes de communications adaptés à l’isolement.
Jusqu’au jour où la colère changera de camp
Malgré
cela, le problème demeure là où les hommes ont mis des siècles à
éloigner les prédateurs pour garantir la sécurité des populations et
celle de leur cheptel.
Là où d’autres hommes, bardés de certitudes, veulent réintroduire ces
mêmes prédateurs, quitte à les dépayser, quitte en en faire des
indésirables sur un territoire qui ne sera demain ni celui de la
brebis, ni celui de l’ours. Mais celui de quelques revendications
partisanes relayées par le prisme des médias et récupérées par la
géométrie variable des courants politiques.
Jusqu’au jour où un groupe de randonneurs fera la une des journaux
parce qu’il aura croisé la route d’un ours au-dessus de Formiguères ou
sur les hauteurs du pays de Sault. Ce jour là peut-être la colère
changera de camp. Et cessera enfin le silence des agneaux.
Jean-Paul Pelras
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