Dégâts sangliers : “Encore 2 ans et la Fédération de chasse met la clé sous la porte”

Fabienne Bonet et Jean-Pierre Sanson unis pour mettre en place des mesures préventives et renforcer la coopération entre chasseurs et agriculteurs.

Le montant des indemnisations consécutif aux préjudices causés par le grand gibier sur les cultures risque de déstabiliser à court terme le monde cynégétique dans les Pyrénées-Orientales et dans de nombreux départements.

“La Fédération de chasse est en phase de rupture sur la question de l’indemnisation des dégâts agricoles (…) C’est un système à bout de souffle qui s’effondre et qui a certainement fait la bascule cette année.” La phrase est extraite d’un courrier que le président de la Fédération des chasseurs des Landes vient d’adresser au président national des chasseurs. Comme ce représentant local, d’autres dans le Sud de la France, tel le président de la Fédération du Gers et désormais celui des Pyrénées-Orientales sont en train de tirer la sonnette d’alarme. Selon Jean-Pierre Sanson : “La réforme de la chasse, bien qu’elle bénéficie d’aspects positifs, n’apporte pas, pour l’instant, de solutions en matière d’indemnisation de dégâts, sinon une nouvelle contribution pour le chasseur lambda. Jusqu’à présent, les dégâts étaient pris en charge par les plans de chasse, le timbre grand gibier et la péréquation nationale. À l’avenir, il faudra se contenter des recettes du plan de chasse et de la mise en place de la contribution territoriale. Les ACCA et les fédérations départementales, fortement impactées par les dégâts aux cultures, ne pourront plus suivre. La Fédération des P.-O., à cause de ces indemnisations, est déficitaire depuis 3 ans. Deux années de plus et nous mettons la clé sous la porte.”

Mettre en place un système de prévention
Un système qui fonctionnait depuis 1968 et qui a donc, de toute évidence, atteint ses limites. Pour le président de la Fédération des P.-O., il faut trouver d’urgence de nouvelles solutions en concertation notamment avec le monde agricole : “Dans notre département, 60 % des dégâts sont concentrés sur 13 communes. Nous devons, là où les risques sont clairement identifiés, installer en amont un système de prévention à l’instar de celui mis en place dans les vignes de la Côte Vermeille et du Cru Banyuls tout particulièrement. La désignation de référents, une bonne coordination de la chasse sur le terrain, des clôtures pérennes sur les ilots, du pastoralisme pour ouvrir le milieu ou encore des répulsifs à base de piments ou les clôtures électriques ont permis de diminuer les dégâts de 80 %”.
Une volonté partagée par la présidente de la Chambre d’agriculture des P.-O., établissement signataire voici deux ans avec la Fédération de chasse d’une charte d’application territoriale sur les droits et les devoirs des chasseurs et des exploitants. Selon Fabienne Bonet : “Dans la continuité de ce qui avait été mis en place par mon prédécesseur, les agriculteurs doivent déclarer les dégâts dès qu’ils sont constatés et accepter la mise en place de mesures préventives. Car l’extension des friches constitue un habitat idéal pour le sanglier. Nous devons, à ce titre, coopérer étroitement avec les chasseurs pour endiguer la prolifération du grand gibier. Ou bien, à court terme, nous ne pourrons plus protéger nos récoltes”.

Lutter contre les excès
Autre constat, celui qui concerne les excès. Avec, d’un côté, quelques agriculteurs qui fournissent des déclarations de dégâts mensongères et, de l’autre, quelques chasseurs qui entretiennent le cheptel. Des cas isolés selon Fabienne Bonet et Jean Pierre Sanson qui portent préjudice à l’équilibre voulu dans le cadre de cette charte.
Arrive ensuite l’État qui, même s’il autorise des battues et autres tirs de louveterie, renvoie d’une certaine façon dos à dos chasseurs et agriculteurs. Deux composantes du monde rural complémentaires sur le terrain qui ne parviennent plus, pour les uns, à juguler une espèce dont le taux d’accroissement est de 160 % par an (autrement dit, lorsque l’on dénombre 100 sangliers sur un territoire ils seront 260 l’année suivante). Et des agriculteurs parfois contraints d’abandonner leurs productions et leur récoltes car les dégâts occasionnés sont trop importants. Avec, pour arbitrer ce dilemme, des solutions qui passent par la rigueur et la prévention. Mais également par des indemnisations de plus en plus difficiles à honorer dans un contexte où seules les Fédérations sont sollicitées pour le faire. Reste à savoir, et c’est bien le fond du problème, si elles pourront tenir leurs engagements encore longtemps !

Jean-Paul Pelras

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