Coronavirus : la poignée de main qui fit basculer le monde

Au marché de fruits de mers de Wuhan en ce matin pluvieux de décembre, l’honorable Chang s’approche de l’étal de M. Liang. À deux pas de la gare de Hankou, ce quartier miséreux accueille plus de 1 000 commerçants, entassés dans des ruelles étroites où le bétail décharné cohabite entre humains et carcasses d’animaux en décomposition. Pour subsister, chacun fait commerce de ce qu’il peut. Selon l’adage local, “tout ce qui a quatre pattes sauf les meubles, tout ce qui nage sauf les bateaux et tout ce qui vole sauf les avions,” tout est propre à la consommation alimentaire. De fait, on trouve de tout à Jianghan : porc-épic, civette, scolopendre, serpent, chauve-souris. Mais Chang a une commande particulière à récupérer : un lot de pangolins qu’un restaurateur lui a commandé. Un occidental qui a monté une échoppe où il cuisine des mets à base d’animaux exotiques prisés par les populations locales pour leurs vertus aphrodisiaques ou thérapeutiques. Chang n’aime pas cet étranger cupide, qui n’hésite jamais à l’enlacer ou à lui serrer le main, habitude étrange que les asiatiques réfutent. Mais son maigre salaire dépend de ces livraisons illégales, dont il tire un revenu substantiel. Il y sera dans une heure, puis il rentrera chez lui.
Depuis deux jours il est parcouru de frissons et tousse sans cesse. Déambuler dans ces rues gluantes, transporter ces animaux puants, lui est extrêmement pénible. L’épouse de Liang est, elle aussi, malade. Comme certains des commerçants habituels du marché, terrassés par une étrange fièvre. La livraison se fera en silence, au fond d’une impasse sombre, et se terminera par l’habituelle poignée d’une main au creux de laquelle sera glissé le montant de la transaction. À l’autre bout de la planète, se joue un autre spectacle. Celui des démocraties d’un monde moderne, secouées par la crainte de leurs voisinages immédiats et animés par l’espoir d’amasser toujours plus de richesses, fusse sur le dos de milliards d’individus affamés.

Et si c’était un signe ?

Ainsi va ce monde, où les puissants décident quand les déshérités survivent. Les bourses capitalisent, les marchés débordent, les États se déchirent sans savoir trouver une paix durable. Le combat de l’écologie et du réchauffement climatique ne trouve aucune issue, paralysé par l’intensité exponentielle d’une constante inaltérable : la croissance commerciale. Trump menace ceux qui s’opposent à lui, de représailles nucléaires s’il le faut. Les élections s’annoncent un peu partout, afin de savoir qui tiendra les rênes de chaque nation, dans un monde où chacun n’aspire qu’à devenir le plus puissant. Dans sa pagode, notre cuisiner exotique régale ses augustes convives de ce ragout de pangolin qui égaye leur palais et émoustille leur libido. Ils viennent de Lombardie. Il sait que les Italiens sont chauds. À la fin du repas, il offre l’eau de vie locale, le baijiu, dans un verre à saké, avant d’enlacer tout le monde et de leur serrer chaleureusement la main en guise d’adieu. La suite, chacun la connait… Chang est peut être mort, l’épouse de Liang aussi. Les bouffeurs de pangolins ont été rapatriés en urgence vers l’Europe. D’autres le seront dans d’autres coins de la planète. Vous ne connaissiez pas Wuhan jusqu’à ce qu’on vous dise que l’épidémie de coronavirus était partie de là. C’est pourtant une ville historique : celle où a eu lieu le soulèvement d’octobre 1911 et le point de départ de la révolution chinoise qui a conduit à la chute du pouvoir impérial de la dynastie Qing. Et si c’était un signe ? Si ce virus mortel, venu de cette funeste poignée de main au fond d’un restaurant de misère, devenait le point initial d’une débâcle du système financier et commercial le plus élaboré depuis la naissance de l’humanité ? Et si la question se posait aujourd’hui de savoir si, pour mieux lutter contre ce risque, le plus urgent ne serait de donner des moyens sanitaires adéquats à ceux que nous voulions jusqu’alors contrôler par la puissance de nos bombes. Ce virus s’appelle corona parce qu’il a une forme de couronne… Celle du pouvoir qu’il exerce sur le fonctionnement commercial mondial qu’il est, peut-être, en train de réduire à néant !

Une pensée sur “Coronavirus : la poignée de main qui fit basculer le monde

  • 20 mars 2020 à 13 h 54 min
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    j’avoue y avoir songé :comment peut-on prétendre faire des économies sur la santé? A moins bien sûr de n’être aucunement menacé! et pourquoi ne réduirait-on pas le nombre des plus de 60 ans? La plupart ne produisent rien ,sont prompts à juger et à critiquer les incompétents,ne redoutent pas grand chose !!!!!

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