Coopération fruits et légumes : comment rester rentables ?

Il faut tirer sur toutes les ficelles pour maintenir la rentabilité des outils coopératifs. (photo Yann Kerveno)

La baisse du nombre d’exploitants impacte les apports des coopératives de fruits et légumes. Comment se débrouillent-elles pour maintenir la rentabilité de leurs installations ?

La démographie agricole, telle que nous la connaissons aujourd’hui, pose question. Au-delà des hectares que les friches, puis les forêts, gagnent chaque année sur la surface agricole utile, la baisse du nombre d’agriculteurs vient questionner les coopératives. Entre le non-remplacement de ceux qui partent, le développement de circuits alternatifs de commercialisation, les outils industriels ne seront-ils pas bientôt surdimensionnés pour les apports qui y seront réalisés ? “Oui, c’est une question que nous avons en tête” acquiesce Jean-Pierre Baills, président de la coopérative La Melba, à Bouleternère. “Mais de là à dire quand nos apports ne seront plus suffisants pour faire tourner nos outils de manière satisfaisante, il y a un pas que nous ne pouvons pas franchir pour le moment. Nous ne savons pas”. “C’est une question qui nous occupe oui”, confirme Yves Aris, nouveau président de Teraneo, “nous essayons de mettre l’outil en adéquation avec le marché et nos apports. C’est quelque chose que le privé sait très bien faire” explique-t-il. Mais il ne faut pas condamner l’avenir non plus. “Dans ce département, nous avons connu des moments très difficiles avec l’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne par exemple, nous avons tenu et avons surmonté ce passage.”

Gratter sur la productivité
Quelles sont donc les voies qui permettront de conserver leur efficacité économique aux outils ? Les ressorts ne sont pas nombreux alors que les installations ne compensent pas forcément les départs. Parmi les pistes suivies, il y a d’abord l’agrandissement des exploitations qui subsistent, tendance naturelle qui vient compenser en partie les arrêts de production. Les gains peuvent aussi être du côté de la compétitivité. “Nous aidons nos producteurs à être plus compétitifs, à progresser techniquement, à contrôler leurs coûts de production. Si nous parvenons à faire gagner à chacun 10 % de productivité, pour Teraneo cela représente tout de suite 3 000 tonnes de produits” détaille Yves Aris. L’autre piste, largement partagée, c’est la diversification. “Aujourd’hui les consommateurs attendent de nouveaux produits, comme la patate douce par exemple. À nous de profiter de nos conditions de production adaptées pour développer ces types de cultures qui sont des alternatives à nos productions phares qui parfois connaissent des difficultés” ajoute-t-il. Une voie dans laquelle la Melba est aussi bien engagée, elle qui produit, en plus des pêches et des abricots, des amandes, des artichauts, des fenouils, des cerises, des grenades…

La maîtrise du foncier
Il y a aussi la diversification dans les débouchés : la bio, le zéro résidus, la mise à disposition des outils, de pointe parfois, aux autres opérateurs du département pour la prestation de service. Comme la machine à doucher les pêches à l’eau chaude que la coopérative Teraneo a installée à Ille. Enfin, il y a l’outil foncier, lorsque la coopérative achète des exploitations pour sécuriser une partie de ses volumes. Teraneo l’a fait dans l’Aude, la Melba dans d’autres secteurs. “Nous avons des exploitations dans le Gard et dans les Bouches du Rhône, c’est un moyen pour nous de limiter le risque climatique, donc aussi de préserver la rentabilité de nos outils” explique Jean-Pierre Baills. La coopérative de Bouleternère avait même investi en Tunisie pour compléter son calendrier de production, expérience à laquelle elle a mis fin en 2016, faute d’accord de libre-échange entre ce pays et l’Union européenne. Aujourd’hui, 35 % de volumes de la Melba sont apportés par des exploitations que la coopérative possède. Et le recours à l’importation de fruits d’ailleurs, d’Espagne par exemple, cela pourrait-il être une solution ? Jean-Pierre Baills balaye cette éventualité d’un revers de main. “Non, je pense que ce serait stupide. Vous imaginez vendre au même client des pêches venues d’Espagne à un euro puis un mois après des pêches françaises à quatre euros ? Ce serait suicidaire et en plus on ne gagnerait qu’un mois sur le calendrier.”

Yann Kerveno

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *