Connaître sa façon de penser

Tout d’abord, suite à mes précédentes mises au point, je me réjouis de voir que rien de ce que j’ai avancé n’a encore été contredit par l’évolution des connaissances en matière de Covid. Aujourd’hui, nous allons envisager un autre aspect : celui des éléments qui expliquent le fonctionnement de notre pensée et ceux qui font que notre cerveau, sans que nous n’y puissions rien, nous donnera une information erronée qui nous paraîtra pourtant incontestable. Ces phénomènes mentaux sont bien connus. Mais comme ils sont inconscients et donc ignorés, ils ne participent pas à notre processus de réflexion. Ils sont, en fait, des raccourcis intuitifs, qui favorisent les prises de décisions immédiates. On appelle cela les biais cognitifs. Je vais vous en donner des exemples : la surestimation d’un risque : l’avion, le nucléaire, le terrorisme, font partie des risques de faible probabilité. L’automobile est beaucoup plus dangereuse. Pourtant, dans l’inconscient collectif, on craint plus un attentat qu’un accident de la route. Un autre exemple : on choisit toujours le terme optimiste d’une proposition. Si une épidémie touche 6 000 personnes. Le traitement 1 peut en sauver 2 000. Le traitement 2 pourrait en sauver 6 000 dans 1/3 des cas mais, dans 2/3 des cas, tous vont mourir. On choisit le 1er. Si on reformule : avec le 3e traitement 4 000 personnes perdront la vie. Avec le 4e, il y a 1 chance sur 3 que personne ne meure. On choisit le 4e. Toujours. Pourtant, le 1 et le 3 sont aussi identiques entre eux que le 2 et le 4. Mais présentés différemment. Et vous avez pourtant choisi. Comme le font ceux qui promeuvent l’hydrochloroquine et qui sont, en général, les mêmes que ceux qui sont hostiles aux vaccinations. Tout ceci pour vous expliquer que, dans la crise actuelle, même si des responsabilités existent, nous pouvons considérer certaines “erreurs” comme involontaires de la part des décideurs. Plusieurs biais se sont surajoutés. Le premier fut une sous-estimation de gravité. Elle vient d’un biais de modèle mental.

Une erreur est pardonnable, une faute non
Pour toute situation, on essaye de se souvenir d’un épisode précédent. Pour nous, cet épisode était celui de 2009 où Mme Bachelot avait sur-réagi au H1N1 en achetant trop de vaccins, pour un épisode finalement banal. En Asie, au contraire, l’épidémie de SARS a été gravissime. D’où la réaction opposée dans le cas du Covid. Le biais d’endo et exogroupe qui fait que nous pensons toujours être meilleurs que les autres. Ce qui a fait que nous avons pensé qu’il y avait des raisons qui expliquaient la situation en Italie, en Espagne (âge, système sanitaire…) qui étaient incomparables avec les nôtres. Ensuite, un biais d’excès de confiance qui fit qu’alors que la communauté scientifique demandait l’annulation des élections, une réunion commune avec tous les acteurs politiques a fini par aboutir à une décision collégiale inverse à la proposition logique. Il y a d’autres biais.
Incontestablement, l’un des plus perturbants fût celui dit du biais exponentiel. Vous avez tous vu cette courbe qui augmente de façon régulière et rapide. Chaque jour, à compter de fin février, le nombre de cas, en France, doublait tous les deux jours. On a déclenché une faible réaction le 5 mars, en interdisant les réunions de plus de 5 000 personnes en lieu clos. Le 15 on maintient les élections. Le 16 on ferme les écoles et le 17 mars à 12 h 00, on confine tout le monde. En parallèle voici le nombre de cas : 1er mars, 130 cas/2 décès ; le 3, 212/4 ; le 5, 423/7 ; le 12, 2 876/61 ; le 17,  7 730/175. Au début de la courbe, comme toujours, le faible nombre est faussement rassurant. Ensuite ce fût l’affolement. Pourtant, la progression du début suit la même courbe que plus tard : à savoir un doublement tous les 2 jours. Mais quand on double 1, ça fait 2. Et quand on double 1 000, ça fait 2 000 et cela devient impressionnant. La progression est pourtant la même. Voilà donc les erreurs originelles. Quelqu’un aurait-il fait mieux ? Sûrement. À postériori c’est facile. Ce sont pourtant des erreurs pardonnables parce qu’involontaires. Celles qui poseront questions sont, par contre, beaucoup plus conscientes, stratégiques souvent.
Elles concernent le mensonge concernant les masques et leur gestion, les informations volontairement incohérentes sur les mesures de protection, en désaccord total avec les recommandations savantes, mais relevant d’une tentative maladroite de gestion de pénurie. Dorénavant, il ne faut plus que ceci se reproduise. Une erreur est pardonnable. Une faute non ! Le déconfinement doit être irréprochable ! 

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