Chasse : l’appel de Prades (par Yann Kerveno)

Quelques centaines de chasseurs ont défilé samedi 12 septembre dans les rues de Prades pour défendre les chasses traditionnelles mais aussi plus largement le monde rural contre les « emmerdeurs »

Qu’importe que le premier ministre fût là ou non, l’objet c’était bien de faire claquer un coup de semonce face aux politiques. En se réunissant à Prades, les chasseurs du sud de la France voulaient ainsi protester contre les atteintes perpétrées contre les chasses traditionnelles et plus généralement contre les paroles non-tenues. C’est ainsi que le président de la Fédération nationale de la chasse détaillait le contexte de ce rendez-vous. « Initialement nous devions aller à Brégançon où le président Macron était en vacances, mais nous avions obtenu l’assurance du premier ministre que nous aurions des quotas pour la chasse à la glu cette année… » Au lieu de quoi, l’interdiction est tombée comme le couperet de la guillotine. Essayant de comprendre ce qui se trame, Willy Schraen avançait cette hypothèse. « La ministre Barbara Pompili, on devrait plutôt dire la présidente de la ligue de protection des oiseaux (LPO), cherchait un trophée à accrocher à son tableau de chasse, et elle l’a eu. Le premier ministre était contre l’interdiction immédiate, alors il est probable que cela ait été arbitré à l’Élysée directement; peut-être sous la menace d’une démission de la ministre ? »

 

Pour autant, la vraie cible de la matinée fut bien la ministre de la transition écologique, ont la démission fût demandée dans les slogans clamés par les manifestants. Comme à l’école, sur son estrade, Willy Schraen confirmait le statut de la ministre de la transition écologique. « Elle profite du contexte, la LPO et Bird Life ont l’oreille de l’Europe. C’est la chasse à la glu avant-hier, la tourterelle des bois hier (le conseil d’État a suspendu vendredi 11 septembre la chasse à cette espèce alors que la chasse de 17 000 oiseaux avait été autorisée pour cette année, ndlr), demain ce sera la chasse à la palombe, la chasse aux chiens courants » énumérait-il.

Tourterelle des bois

« Et la tourterelle des bois ? Nous savons que c’est une espèce qui ne va pas bien, c’est pour cela que nous limitons la chasse. Mais il s’en tue 2 millions en Europe et pour un millier d’euros, on peut en tuer 5000 de l’autre côté de la Méditerranée » ajoutait-il. « Bon, avec le premier ministre on a un mauvais départ, il n’a pas tenu sa promesse pour la chasse à la glu, et chez nous, les ruraux, les promesses ça engage. Mais je ne désespère pas de le rencontrer prochainement. Pour le président de la République, il a fait une erreur sur ce dossier, mais nous avons déjà bien travaillé avec lui, et il faut continuer. » 

Christian Rouffert et Jean Mistral sont venus du Var pour défendre la chasse en général

Dans le cortège qui a précédé les discours, l’inquiétude était grande quant à l’avenir proche des chasses traditionnelles. Venu de Brignolles dans le Var, Christian Rouffert ne chasse pas à la glu, mais au grand gibier. Mais il a fait le voyage pour défendre les traditions. « C’est une chasse ancestrale qu’ils veulent supprimer mais de toute façon, c’est une chasse qui va s’éteindre d’elle-même rapidement, je ne sais pas si les jeunes vont s’y mettre… » Il hèle un ami, bien meilleur connaisseur de la question, Jean Mistral, venu lui aussi du Var. « Imaginez, mon fils a 42 ans et je suis prêt à parier que c’est le plus jeune chasseur à la glu qui chasse encore dans notre village de 6 000 habitants » confirme-t-il.

Miradors vandalisés

« Nous avons Giono, Pagnol, Mistral et ils veulent nous enlever tout cela. Dans notre département, les miradors qui nous servent à chasser sont détruits par les opposants à la chasse, 74 ont été vandalisés, il n’en reste plus un dans la Sainte-Baume… » Après avoir arpenté les rues de Prades, une délégation de la manifestation a été reçue en sous-préfecture par le préfet et le sous-préfet. À quelqu’un qui lui demandait « Alors ? » à la sortie, Willy Schraen lâchait. « Que voulais-tu qu’ils fassent ? Ce ne sont pas eux qui décident ! Ils nous ont servi un verre d’eau, ont pris nos papiers et ont dit qu’ils transmettraient… » 

Les chasseurs étaient seuls mais en appellent à l’ensemble du monde rural « parce que tout le monde en prend plein la gueule »

Combien étaient-ils dans les rues de la sous-préfecture ? Entre 600 et 800 certainement. Certains venus de très loin, du Var donc, mais aussi des Ardennes, du Pays Basque, de Corse, des Bouches du Rhône, de Haute-Garonne ou d’Ariège. Les chasseurs des Pyrénées-Orientales étaient plus discrets, aucune banderole aperçue dans le cortège. Les vignerons, appelés par le syndicat des vignerons de l’Aude n’étaient pas visibles à l’exception de leur président, Frédéric Rouannet, croisé dans le cortège. Quelques élus, écharpes en bandoulières, maires, conseillers régionaux comme Ferdinand Jaoul (Gard) en tête… Pour la grande synthèse rurale il faudra donc attendre. Mais Willy Schraen concluait en invitant à poursuivre la lutte, et à l’étendre.

« Soyez fiers d’être chasseurs » a intimé Willy Schraen aux manifestants en leur donnant rendez-vous pour de prochaines actions.

« Prades, c’était un apéritif, nous avons d’autres échéances toutes aussi difficiles. Le délire est parti, il ne faudrait plus « tuer les moustiques qui sont des mamans », les chasseurs sont attaqués, les bouchers, les poissonniers, les agriculteurs, tout le monde en prend plein la gueule. Si Prades doit servir à quelque chose, que ce soit l’appel de Prades, l’appel au rassemblement de tous les ruraux, nous sommes, soyez fiers d’être chasseurs, nous sommes des hommes libres et nous allons nous battre pour le rester. » Regagnant les huit bus garés sur la Plaine, deux jeunes chasseurs se saluent en partant. « Allez, à la prochaine à Paris hein ? Oui, à la prochaine, c’est joli Prades, mais Paris c’est bien aussi ! »

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