Ces paysans, ces ruraux, redevenus fréquentables !

Voilà à peine une vingtaine de jours, j’écrivais des tribunes et des éditoriaux visant à dénoncer l’acharnement dont le monde agricole et notre ruralité sont victimes au quotidien. L’agribashing, avec son lot de controverses et de détracteurs, était un des mots les plus employés du moment. À la faveur d’un évènement organisé Porte de Versailles, certains passaient leur temps à condamner le modèle agricole français tout en idéalisant, depuis Lutèce, sur ce que pourraient devenir nos campagnes. Bien évidemment les environnementalistes, les ONG et quelques journalistes profitant de ce prisme populaire s’exprimaient en boucle pour stigmatiser “les empoisonneurs” de service. Ces empoisonneurs à qui ces mêmes environnementalistes, aux manettes dans bon nombre d’administrations, ont imposé les zones de non-traitement, les directives nitrates,la loi sur l’eau, les mises aux normes et la présence du loup sur les estives, pour ne citer que ces mesures contraignantes, coûteuses et coercitives. Et puis, quelque part, à l’autre bout du monde sur un marché chinois, un marchand de pangolins a serré la main qu’il ne fallait pas. La suite nous la connaissons tous. Enfin, disons qu’à l’heure où je rédige ces lignes, nous sommes des milliards à croiser les doigts. Résultat des courses, la nourriture est devenue, entre deux allocutions présidentielles, la première préoccupation de nos contemporains.

J’ai consacré ma vie à l’agriculture en tant que paysan, en tant que syndicaliste, écrivain et journaliste. Voilà plus de trente ans que je répète cette phrase : “le jour où, car nous ne serons plus compétitifs, nous dépendrons sur le plan alimentaire de pays qui viendront usurper nos marchés traditionnels, ceux qui n’ont pas soutenu notre agriculture française et ceux qui ont critiqué notre modèle de production, porteront la responsabilité de la disette et de la rébellion.”

Plus personne, désormais, pour dire que le paysan pollue, qu’il ne doit plus sulfater et que ses vaches doivent arrêter de péter.

Nous y voilà, avec des citadins qui faisaient la fine bouche en février à cause de la cloche, de la mouche et du tas de fumier. Et qui choisissent, en mars, comme destination de confinement la ferme du pépé. Ou, fuyant la capitale, les terres de ce cousin éloigné à qui, tout à coup, ils ne trouvent plus rien à reprocher. Plus personne désormais pour dire que le paysan pollue,qu’il ne doit plus sulfater et que ses vaches doivent arrêter de péter. Tout simplement parce-que ses vaches donneront le lait et la viande qui nous permettront de survivre quand les frontières seront fermées, quand les rayons du supermarché seront vidés. Tout simplement car, si l’on ne garantit pas un état sanitaire digne de ce nom à nos fruits, à nos légumes, à nos céréales en utilisant, osons le “gros mot”, des produits phytos, les 67 millions de consommateurs que compte notre pays pourraient bien aller, plus vite qu’on ne le pense, s’approvisionner chez Plumeau…

67 millions d’individus à nourrir, soit plus de 200 millions de repas à assurer chaque jour, autrement dit 6 000 millions d’assiettes à remplir chaque mois. Avez-vous pris, Mme Lucet, MM. Jadot, Hulot, Veillerette, Nicolino, Foucart… la mesure de ce challenge, de cette responsabilité, de cette évidence ? Car ce ne sont pas avec des champs de coquelicots, un peu d’herbe plantée sur le balcon des immeubles parisiens, la permaculture et les idéaux de M. Rabhi que vous allez nourrir, jour après jour, dans notre pays, avec ou sans colibris, 50 millions de citadins. De la même manière qu’il ne fallait tirer ni sur les ambulances, ni sur les infirmières, celles et ceux qui ont failli faire disparaitre nos paysans doivent, à la lumière des évènements actuels, faire acte de contrition, s’excuser, s’occuper de leurs oignons. Et se taire à jamais.

12 pensées sur “Ces paysans, ces ruraux, redevenus fréquentables !

  • 18 mars 2020 à 12 h 44 min
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    Tout ce qui nous a réunis, tout ce en quoi nous croyions, tout ce qui représentait notre horizon et que l’on a tout fait pour obscurcir est en train de revenir doucement. Les frontières ! Ah ces frontières qui nous ont tant vu lutter, qui nous ont opposés à des armées de CRS, elles sont en train de réapparaître. J’en connais qui doivent bien rigoler dans leur nuage. Le mondialisme à la Macron a du plomb dans l’aile. Peut-être désormais regarderons-nous les agriculteurs avec un autre regard. Sans eux désormais, point de salut. Ce n’est pas notre combat qui a obtenu gain de cause, mais une bestiole venue de Chine. Nous, avec tous nos combats, on a réussi à faire perdurer cette profession que d’aucuns voulaient voir disparaître. Lorsque j’étais animateur du CDJA, j’ai eu l’occasion de rencontrer un chef de cabinet du ministère. Il avait été formel : le jardin de l’Europe c’est l’Espagne, vous, vous avez le tourisme et les maisons de retraite. Pour lui c’était net, l’agriculture roussillonnaise devait disparaître. Il n’a n’en rien été. Heureusement.

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    • 18 mars 2020 à 18 h 09 min
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      Beaucoup ont disparu. Espérons que la leçon du moment puisse porter ses fruits. Amitiés Gérard.

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  • 18 mars 2020 à 17 h 20 min
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    Un grand bravo dommage que tout votre article ne s’imprime pas en même temps que l’attestation de déplacement dérogatoire!!!!!

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    • 20 mars 2020 à 9 h 18 min
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      Je suis entièrement d’accord avec vous sur le fait que les agriculteurs ne sont pas responsables des pollutions que le système agricole actuel engendre. Ils sont pris en étaux entre les directives (souvent absurdes) de l’Europe et un système de Marché qui pousse à baisser les prix encore et encore.
      Cela étant dit ne me faite pas croire qu’une autre agriculture n’est pas possible… L’argument qui dit que seul l’agriculture intensive permette de fournir ces « millions de repas quotidien » est un mensonge.
      Les agriculteurs qui passent au bio (et qui le font intelligemment) on un rendement supérieur à l’agriculture conventionnelle.
      De plus vous décrivez un futur ou la France serait dépendante d’autres pays pour se nourrir et la aussi je pense que vous avez raison, mais l’agriculture intensive actuelle nous rend déjà dépendants, non pas d’autres pays mais de multinationales comme Bayer, puisque le système agricole que vous défendez ne tiens debout qu’avec l’utilisation de produits phytosanitaires et de semences génétiquement modifiées (elle est belle l’indépendance…) . De plus pesticides, fongicides, engrais et labour intensif appauvrissent chaque jour un peu plus les sols, et nous rendent encore plus dépendant de ces produits, au grand plaisir de Bayer.
      Continuer à ne pas remettre votre métier en question, et nous consommateur continuons à acheter de la merde parce que c’est moins cher…
      Les consommateurs sont autant responsables que les agriculteurs. C’est l’offre et la demande… Et ç’est peut être la le vrai problème.
      REVEILLONS NOUS !!!

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      • 21 mars 2020 à 8 h 43 min
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        Bonjour, j’aimerai juste vous faire part de votre désinformation sur les rendements en agriculture biologique par rapport à une agriculture raisonnée (qui utilise des phytos quand il y a réelle utilité uniquement).
        Les rendements ne sont vraiment pas comparables. (Le bio produit moins et de loin…)
        De plus un produit bio n’est pas forcément plus sain qu’un produit d’agriculture raisonnée! Sans parlé d’intensive… car en agriculture raisonnée, nous offrons des produits soigné !
        Et le retour des bovins dans les campagnes serait la première source pour rendre nos campagnes plus propres! (Exemple, une parcelle très sale, plutôt que d’y mettre plusieurs litres de phytosanitaires. La basculer pendant plusieurs années en prairies peut résoudre le problème!) alors arrêtons de stigmatiser l’agriculture !
        Le vrai système durable! C’est de la polyculture Elevage avec une forte autonomie alimentaire.
        Maintenant les citadins vont ils continuer à cracher sur l’agriculteur… ce qui continuera de vider nos campagnes….
        Sinon merci pour cet article.

        #agriculture de conservation des sols
        #polyculture Elevage
        Cordialement

      • 21 mars 2020 à 16 h 48 min
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        Bonjour
        Il faut arrêter d’opposer les agricultures.
        Elle est multiple il y a de la place pour l’agriculture bio comme pour une agriculture « conventionnelle » respectueuse des règles.
        Le consommateur « moyen » achète bien souvent au moins cher et c’est encore un luxe d’acheter bio pour beaucoup de monde.
        Si les conversions sont possibles, elles sont complexes mais il y a de belles réussites.
        Si il est possible de se passer d’un certain nombre de produits de traitement, les supprimer tous et laisser les agriculteurs sans solutions est une hérésie.
        L’agriculture se prend en main mais il faut lui laisser du temps pour mettre les choses en place.
        Etant maraîcher depuis plusieurs générations, si demain on ne laisse pas des perspectives à nos enfants, il n’y aura plus d’agriculture.
        Il est très facile de descendre en flamme une agriculture qui est la plus réglementée d’Europe en pointant du doigt quelques cas d’agriculteurs qui ne travaillent pas comme il faudrait ou qui n’ont pas conscience qu’il ne faut plus travailler comme nos grand parents.
        La conscience de devoir travailler différemment était déjà une question que se posait mon père, alors que la seule chose que l’on avait demandé à mon grand père, au sortir de la guerre, était de nourrir la France.
        Laissez les paysans travailler ils savent ce qu’ils font

      • 22 mars 2020 à 9 h 45 min
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        Merci de préciser que le consommateur est également responsable.Nous sommes agriculteurs proches de la ville en conventionnel. Quand je parle avec des citadins (au pouvoir d’achat certain) qui sont venus habiter dans notre village, nous les empoisonnons et sommes tout à fait irresponsables. Je peux l’entendre, mon mari le premier s’expose aux phytos, notre dépendance aux semences et aux firmes est un vrai problème. Ce qui est intéressant est de pousser leur logique jusqu’au bout. Eux veulent et peuvent surtout consommer bio, mais cela tout le monde ne peut financièrement se le permettre. Donc leur solution est très simple produire le bio au prix du conventionnel ce qui au passage leur permettra également de ne pas grever leur budget loisirs et voyage ( ils doivent prendre des avions qui ne polluent pas). La part du budget alimentaire s’est réduit de quasi la moitié depuis les années 60. Nous travaillons déjà beaucoup. Le changement, c’est l’effort de tous.

  • 19 mars 2020 à 18 h 26 min
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    on en fait tout un foin des citadins qui soit disant passeraient leur temps à critiquer la ruralité (chant du coq, animaux des paysans, bruit des cloches…) ! Perso j’ai vécu 21 ans dans un village rural (285 habitants) et 21 ans à Toulouse, agglomération de prés d’un million d’habitants. J’aime les deux ! Et dans ma vie, je n’ai jamais une fois entendu un citadin se plaindre de la campagne et de la ruralité ( alors que j’ai plusieurs fois entendu dire par certains ruraux qu’ils ne mettraient jamais les pieds en ville, à cause de toute cette circulation (ou pire, à cause de « tous ces étrangers, etc, car on est bien plus tranquille dans nos campagnes », je cite) Alors faudrait peut etre arreter un peu de toujours laisser penser qu’il y aurait les gentils ruraux et les mechants citadins, car s’il est surement vrai que quelques rares citadins parisiens ou autres ont critiqué le chant d’un coq ou je ne sais quoi, c’est un phénomène ultra marginal, surmédiatisé, et à force, quand on est citadin, on se sent un peu accuser à tort et à travers de tout les maux de la ruralité ! C’est un peu lourd. En plus, on confond tout : que deux ou trois uluberlus se soient plaint du chant d’un coq ou du bruit des cloches, ça n’a rien a voir avec le fait d’avoir une conscience écologique et de se poser des questions sur certains excès, sur la pollution de l’eau, de l’air et la santé de tou-te-s ! (comme le font et heureusement, Elise Lucet et d’uatres que vous sembler ne pas beaucoup aimer). Comme cela est tres net quand on leur pose la question, les citadins, pour une très grande majorité aiment la ruralité et le monde paysan. Il n’y a pas les gentils ruraux et les méchants urbains, Se victimiser n’a jamais rien apporter à personne. bref, perso, j’achete local, j’aime, et j’admire les producteurs qui bosse avec conscience et respect de l’environnement, et j’aime beaucoup la ruralité et j’aime beaucoup la ville, pour des raisons complémentaires et j’aimerais qu’on arrete de nous opposer ! On s’en porterait tous mieux ! C’etait mon petit coup de gueule ! amitiés à tou-te-s !

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  • 19 mars 2020 à 21 h 30 min
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    Ce qui est vrai c est que globalement le monde de la ville respecte les paysans
    Ce qui est vrai c’est Qu une minorité de ces rats des villes connaissent mieux notre métier que nous: les rats des champs.
    En particulier elise Lucet et consorts….
    Ce qui est vrai c est qu une condescendance existe qui voit le paysan avec un béret et un cerveau 19eme….. certainement pas avec un BTS ou un master
    Pourtant c est une réalité
    La personne à qui vous parlez est certes paysan mais à un diplôme équivalent.
    Ce qui fait de ces choix
    Des choix éclairés ; Qu ils convient d écouter, de respecter
    Ce que Lucet et consorts ne fait pas
    Au contraire : vilipendé diminue , instille l’idee que nous serions incapable de choix éclairés

    Alors oui une certaine catégorie, en ville, pratique un agrivaschîng… qui pour moi a monté d un cran , car base sur des émotions et jamais des arguments scientifiques.
    En franchissant ce cap nous sommes rendu dans un chasse aux sorcières : du sectarisme
    Qui pour qq uns ( pour m instant) les autorisent à des violences envers les paysans

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  • 20 mars 2020 à 9 h 42 min
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    Bonjour ;
    Je vous demande de vous imaginez sous le reigne d’Henri iv et son ministre Sully qui n’avait cesse de dire au peuple ceci :
    LABOURAGE ET PATÛRAGE sont les deux mamelles de la FRANCE pour l’un et le ROI
    de décréter que tous les dimanches soit
    servi la POULE AU POT.
    Aujourd’hui je vous invites a la méditation et vous pries de respecter ces gens qui nous nourrissent au quotidien. Prenez soins de vous.

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