Cerdagne-Capcir : saison noire sur tapis blanc [par Thierry Masdéu]

Alors que la neige est tombée en abondance sur les sommets, l’économie du haut pays, dans un contexte d’incertitude absolue, est suspendue aux évolutions des décisions gouvernementales.

Il y a d’abord eu, le 15 novembre dernier, à l’approche des vacances scolaires d’hiver, cette annonce aussi rassurante qu’étonnante de la ministre du Travail, Elisabeth Borne, incitant les stations de ski à ne pas retarder l’embauche des saisonniers, qui représentent près de 120 000 personnes chaque année. Puis l’annonce du Premier ministre, Jean Castex, évoquant l’interdiction d’ouvrir les remontées mécaniques pour la période de Noël, laissant entrevoir une possible autorisation en date du 7 janvier, repoussée ensuite à une décision au 20 janvier. Arbitrages du comité de défense sanitaire qui semblerait vouloir maintenir la position du prolongement de cette fermeture pour les vacances de février.
Selon le président national des domaines skiables de France, Alexandre Maulin, le volume du chiffre d’affaires pour les vacances de Noël représente, tous secteurs confondus, 2 milliards d’euros. Il évalue déjà les pertes à près de 80 %. Lourdement impactés par les mesures sanitaires mises en place pour freiner la Covid-19 et désormais ses “variants”, les acteurs économiques de Cerdagne et Capcir ont du mal à se faire à l’idée de devoir supporter pour cet hiver une “saison blanche”. Après les épisodes malheureux de la fermeture de la RN 116 lors de la saison 2019 – 2020, la neige tombée en abondance ces dernières semaines n’aura malheureusement pas pu booster l’économie tant espérée pour nos montagnes.
“Pour nous c’est un coup de massue extrêmement dur, même si des mesures de compensations sont annoncées par l’État à hauteur de 70 % de nos charges fixes de fonctionnement. Aides du gouvernement français qui restent tout de même à l’appréciation de l’Europe pour pouvoir être validées !” précise avec inquiétude Jérôme Meunier, directeur de la station de ski des Angles. “Car derrière l’économie du ski, c’est tout un territoire qui vit, ce sont des entreprises, des femmes et des hommes qui œuvrent à l’année pour préparer cette saison ! Sans oublier les moniteurs de ski et saisonniers qui sont en souffrance socialement car ils se retrouvent désœuvrés, mais aussi au niveau finances, car le chômage partiel ne compensera jamais le gain d’une activité en période normale”.

Établissements fermés et lettres mortes…

Aujourd’hui, sur les 120 journées où la station de ski des Angles réalise pour l’année son chiffre d’affaires, 60 sont déjà perdues. Manque de recettes qui risque de déstabiliser financièrement la régie autonome sports et loisirs des Angles mais également la commune. “Même si l’autorisation de l’ouverture des remontées mécaniques survenait in extremis pour les vacances de février, l’activité ne serait qu’en demi-teinte” se désole le directeur de la station de ski “car comment envisager une activité florissante avec les restaurateurs et cafetiers fermés ?”
Constat que partage amèrement Françoise Cardusi, co-gérante avec son frère des établissements hôteliers et de restaurations, “Le Llaret” et “Le Coq d’Or” sur la même commune des Angles. “La situation économique est très morose, cela devient de plus en plus difficile à accepter alors que les conditions climatiques sont idylliques. Neige en abondance, du soleil, pas de vent, c’est rageant de ne pas pouvoir accueillir de la clientèle !” Bien que l’activité hôtelière soit autorisée, elle a sérieusement chuté, obligeant ces gérants à prendre des mesures radicales. “Habituellement, en cette période hors vacances scolaires, nos deux établissements tournent à 60 % de leur régime” témoigne, dépitée, Françoise Cardusi “mais la situation est telle que nous avons décidé de ne maintenir ouvert que “Le Llaret” dont nous assurons le fonctionnement sans l’aide de nos employés. Quant au « Coq d’Or » nous le maintenons fermé jusqu’à nouvel ordre”.
Pour limiter la casse, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie des P.-O. (UMIH) a soumis, dès la fin du mois d’octobre, plusieurs requêtes auprès de l’exécutif afin qu’il autorise au moins l’ouverture des restaurants pour la clientèle des hôtels. Depuis fin octobre, ces démarches sont restées lettres mortes, tout comme les nouvelles doléances pour autoriser des restaurateurs à ouvrir le midi leurs établissements comme “cantines d’entreprises” afin d’accueillir, comme dans le département de la Creuse, des salariés avec des formules de type “repas ouvrier”. Gérer un quotidien sans perspective de date de réouverture pour la partie restauration, subvenir prochainement aux paiements des congés payés dont seulement 10 jours ont été pris en charge par l’État, ne font qu’accentuer l’instabilité de ces entreprises, dont le secteur d’activité est étroitement lié à celle du ski, indispensable à l’économie de ces territoires de montagne.

Contacts :
• Domaine skiable des Angles : 04 68 04 42 18
https://www.lesangles.com/fr/la-glisse/domaine-skiable
• Hôtel Restaurant Le Coq d’Or : 04 68 04 42 17
http://www.hotel-lecoqdor.fr/
• Hôtel Restaurant Le Llaret : 04 68 30 90 90
http://www.hotel-llaret.fr/

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