Centrale solaire CS Bel Air : choisir entre Total et les paysans ! [par Thierry Masdéu]

Le commissaire enquêteur Jacques Zocchetto a clôturé, cette semaine, un mois d’enquête publique concernant la demande du permis de construire d’une centrale photovoltaïque au sol, en bordure de la zone urbaine Nord de Perpignan, au lieu-dit “Saint Génis des Tanyères”.

Présenté par l’entreprise “CS Bel Air”, filiale de la société “Total Quadran”, ce projet qui s’étendrait sur une surface clôturée de 4,8 ha, de part et d’autre du boulevard Louis Noguère a fait l’objet de nombreuses observations formulées par les opposants. Il s’agit d’associations représentant les 170 familles des riverains, des 200 entreprises de la zone économique du Polygone Nord, de propriétaires de gîtes, d’écologistes, de syndicats agricoles, d’un collectif de vignerons, de la mairie de Perpignan, de la Chambre d’agriculture, etc. Tous s’accordent à dire “oui à de la production d’énergie renouvelable solaire, mais pas dans ces conditions”. Car l’emplacement choisi en 2017 lors de l’appel à projet par l’ancienne équipe dirigeante de la communauté urbaine “Perpignan Méditerranée Métropole” s’avère être, pour les opposants, une aberration industrielle. Si, sur le papier, l’implantation de près de 5 000 panneaux photovoltaïques pour une production annuelle estimée à 2 250 MWh* sur des terrains classés non agricoles qui jouent le rôle de bassins de rétention d’eau pluviales, ne pose théoriquement pas de problème majeur, en pratique, lorsque l’on s’en écarte juste d’une dizaine de mètres, la réalité est tout autre. Notamment pour le domaine viticole Rière-Cadène de 17 ha, qui jouxte pour la partie Est, toute la zone du terrain sollicité pour la construction de cette centrale solaire. “C’est du grand n’importe quoi ! En tant que viticulteurs, nous ne sommes plus considérés dans ce département, c’est un désastre qui s’annonce pour notre exploitation !” rage, avec une grande inquiétude, Jean-François Rière, gérant du domaine Rière-Cadène. Il dénonce le manque total de concertation : “Si ce projet industriel voit le jour, il va déclasser notre domaine, ternir notre image de marque, mettre à mal 30 ans de notre vie professionnelle, d’investissements et de dur labeur sur nos parcelles en bio, où l’ensemble de notre production est vendue en bouteille”.

La décision est entre les mains du préfet

Pour l’associé, Guillem Batlle, gérant de la société commerciale du domaine, cette centrale photovoltaïque a été une erreur de jugement par les porteurs du projet : “Notre modèle d’entreprise est beaucoup plus structurant pour l’environnement et l’économie locale que celui proposé par CS Bel Air. Nous générons de l’emploi, nous sommes en agriculture bio, implantés dans une zone périurbaine, nos achats de prestations et fournitures en bouteilles, bouchons, étiquettes, cartons, etc. sont effectués chez des fournisseurs locaux. Et face à nous, nous avons un projet qui est confié au groupe Total Quadran qui va arriver avec ses panneaux photovoltaïques, ne crée pas d’emploi local et qui, une fois les panneaux installés, l’électricité produite et injectée sur le réseau, va repartir. Ce n’est pas du tout structurant !” Pour ces acteurs économiques, l’autre crainte concerne l’activité œnotouristique, qui génère un revenu complémentaire indispensable à l’équilibre financier de l’exploitation. “Chaque année, de Pâques à la Toussaint nous accueillons près de 200 familles en hébergements, classés « Gîtes de France »” souligne Jean-François Rière. “Vous imaginez, avec un projet industriel de la sorte, notre domaine perdra de son attractivité !” Désormais, la décision finale de l’autorisation ou pas du permis de construire est dans les mains du préfet des P.-O. Étienne Stoskopf. Tiendra-t-il compte de l’avis consultatif du commissaire enquêteur, des contributions et observations des opposants, des sympathisants, ou de l’engagement de l’État français dans le cadre du PPE** 2023 ? La réponse devrait se profiler courant février 2021. À suivre…

* Consommation moyenne de 1921 équivalent habitant.
** PPE : dans le cadre de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE), la France s’est engagée vis à vis de l’Europe à déployer pour 2023 en panneaux photovoltaïques au sol, un objectif de production de 11,6 gigawatt (GW). Plus du double déjà en production pour 2018, qui représentait 5,6 GW.

Positionnement de la Chambre d’agriculture

Prise de court par l’avancement de ce projet qui lui a été notifié par les dirigeants du domaine Rière-Cadène, la Chambre d’agriculture des P.-O., par la voix de sa présidente, Fabienne Bonet, fait savoir qu’elle soutient l’opposition et les arguments de la famille Rière-Cadène qui dénonce le caractère préjudiciable pour l’exploitation de cette centrale solaire accolée au mas et terres viticoles du domaine. Toutefois, favorable à l’utilisation de terrains non agricoles pour l’implantation de projets de ce type, la proximité du domaine viticole déroge à cette règle. Au moment de la clôture de cet article, la “contribution” de la Chambre d’agriculture qui viendra abonder dans ce sens les éléments d’observations de l’enquête publique à l’attention du commissaire enquêteur n’était pas rédigée. Document que nous publierons dès sa disponibilité sur notre site internet.

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