Castex : Premier ministre de la ruralité ? (Par Jean-Paul Pelras)

Vendredi 17 juillet 2020. Jean Castex, Premier ministre, est l’invité de Laurent Delahousse au journal de France 2. Depuis quelques temps, quand certains politiques s’expriment à la télévision, je n’abandonne que très rarement ce que je suis en train de faire pour changer de pièce et venir écouter ceux qui font de la langue de bois et de la rhétorique entendue leurs spécialités. Mais ce soir là, je l’avoue, ce fut un peu différent. D’abord parce que Jean Castex, jusqu’à ce qu’il s’installe à Matignon, était le maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales et le président de la Communauté de communes où se situe Escaro, petit village de montagne où je gîte.
Ensuite, à cause de l’accent. Cet accent souvent brocardé du côté de Lutèce car, je le crois, il est avant tout “redouté”. Oui redouté, puisqu’il est tout simplement porteur de bon sens, de chaleur humaine, de décontraction, de franchise et d’esprit. Vous l’aurez peut-être remarqué lorsque l’on vient de “province”, il suffit quelque fois de prononcer une seule phrase pour déstabiliser ses interlocuteurs. Là où certains vont chercher, avec des formules convenues, le trou du cul derrière l’oreille alors que l’évidence, pour ne pas dire la vérité, tient en quelques mots parfaitement choisis, judicieusement prononcés. Des mots polis aux vents du Sud, jonglés devant des millions de téléspectateurs, dans une brassée de gestes qui venaient, d’une certaine façon, étayer le débat. Une revanche en quelque sorte sur ce mépris que subissent nos “campagnols” quand, pour pouvoir faire carrière loin de leurs pénates natales, il leur est parfois demandé de changer le timbre de leurs voix, de s’exprimer “sans chanter”. Castex, de toute évidence, sera donc passé entre les mailles du filet.
Enfin il y eut cette phrase, une de celles qui, car elles sont devenues tellement rares, vous réconcilient avec la politique : “Je suis fier d’être de la France rurale. Ce qui est certain et je crois que ça n’a échappé à personne, c’est qu’il s’est instauré un certain décalage qui n’est pas nouveau entre Paris et peut-être les élites, ceux qui dirigent et le reste du peuple. Il faut à tout pris le combler et si je peux y apporter ma modeste contribution, alors je serai le plus heureux des hommes”.

Cet accent qui inspire désormais le respect puisqu’il est celui du chef du gouvernement
“Un décalage entre Paris et les élites”. “Un décalage entre ceux qui dirigent et le reste du peuple”…
Il faut remonter à Chirac et peut être même à Pompidou pour se sentir à nouveau considéré lorsque l’on entend ce genre de formule et que l’on vit à des centaines de kilomètres du pouvoir. Ce pouvoir qui, sans avoir côtoyé notre quotidien, croit systématiquement savoir ce qui est bien pour nous les ruraux, ceux de la France profonde, ceux qui se soucient davantage de l’être que du paraître, ceux qui ne barbotent pas dans l’abstrait et qui ont, peut-être, ce soir là, trouvé, avec ce Premier ministre, un intercesseur et quelques raisons d’espérer.
Espérer pour nos campagnes, pour notre agriculture, malmenée par le dogme des environnementalistes dont, et j’y ai bien sûr prêté la plus grande attention, Castex n’a jamais parlé. Espérer pour le désenclavement de nos territoires reculés, espérer pour ce peuple qui, selon certains décideurs peut encore se satisfaire du (très) bas débit, d’une seule barre sur son téléphone portable, d’un médecin pour toute la vallée, de quelques chemins muletiers pour y accéder et d’une “Maison France Services” pour régler l’ensemble de ses difficultés.
Espérer pour ceux qui ne sont, soi disant, pas suffisamment qualifiés pour exprimer leurs propres opinions. Espérer pour ceux qui résistent 365 jours par an aux contraintes et aux aberrations administratives. Espérer pour ces Français qui, à bien y regarder, finiront en règle, mais ruinés !
Voilà pourquoi j’ose écrire là où tant de ministres et tant de députés n’ont jamais voulu évoquer ce décalage entre Paris et les élites, à l’abri de cet accent qui inspire désormais le respect puisqu’il est celui du chef du gouvernement : ne nous décevez pas monsieur le Premier ministre. Nous comptons sur toi Jean !

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