Brice Sannac : “Il n’a jamais été prouvé que les bars et les restaurants sont des nids à clusters” [par Thierry Masdéu]

Depuis le 1er février, le conseil d’administration de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie des P.-O. (UMIH 66) a élu à sa tête Brice Sannac qui, depuis 4 ans, exerçait au sein de cette même organisation patronale, la fonction de président des restaurateurs. Il a échangé la semaine dernière avec un conseiller de Jean Castex.

Descendant d’une famille hôtelière sur la Côte Vermeille de plus de cinq générations, il dirige à Banyuls-sur-Mer l’hôtel restaurant & spa Les Elmes, ainsi que le restaurant La Littorine. Succédant aux quatre années de présidence d’Hervé Montoyo, qui a pris en charge la fonction de vice-président, représentant régional, il prend les rênes de l’UMIH 66 pour au moins 2 ans. Après quasiment 200 jours de fermeture continue pour les bars, restaurants et, à l’approche du 14 mars, les 365 jours qu’accumuleront les discothèques, nous souhaitions connaître les directives et objectifs du nouveau président.

Vous accédez à une présidence de professions les plus touchées par la crise économico-sanitaire de la Covid-19, quelles vont être vos priorités ?
Je suis entouré d’une superbe équipe, notre action sera énormément basée sur l’économie et nous allons essayer d’apporter une réponse locale à cette crise avec une proposition de reprise échelonnée. Dans un premier temps, en réitérant auprès des autorités locales comme des conseillers du cabinet du Premier ministre que j’ai rencontrés vendredi dernier, notre demande d’ouverture des restaurants d’hôtels midi et soir, dans un second temps, celle des restaurants pour le grand public, puis les bars, etc. Et avant l’été, les discothèques. Le tout bien évidemment en respectant le protocole des règles sanitaires.

Ces demandes ne sont pas nouvelles, et le comité de défense sanitaire désigne toujours vos professions, à tort ou à raison, comme facteur contaminant ?
Justement, là nous aurions un retour d’expériences. C’est ce qui nous manque dans les chiffres que nous balance régulièrement le ministre de la santé, Olivier Véran ! D’ailleurs il n’a jamais été prouvé que nous soyons des nids à cluster. C’est simple, l’été, la population de notre département passe de 600 000 à 1 million de résidents entre le 15 juillet et le 15 août, et je n’ai pas l’impression que nous ayons eu un cluster 15 jours après la mi-août. Alors que l’on nous dit que la période d’incubation est de 15 jours et que l’épidémie a repris bien plus tard ! Donc ce ne sont pas nos métiers qui en sont la cause.

Votre dernière réunion en vidéo-conférence avec Victor Blanche, conseiller du président et du Premier ministre, laisse présager d’un futur immédiat pessimiste ou optimiste ?
Ce que nous avons bien fait entendre au gouvernement, c’est que nous ne sommes pas dans une stratégie de confrontation mais d’accompagnement, aussi, je dirai que je suis plutôt optimiste. Je n’ai pas encore de date précise du début de cette reprise progressive, mais la situation devrait rapidement changer, je pense bien avant le moi de juin. Les échos que j’ai actuellement laissent entrevoir un point d’inflexion du gouvernement, qui a bien compris que nos établissements ne peuvent plus rester fermés indéfiniment.

Des soins palliatifs qui nous emmènent gentiment sur la mort et au tribunal de commerce !

À ce propos, comment qualifiez-vous les mesures d’accompagnements économiques déployées par l’État pour venir en aide aux professionnels des métiers que vous représentez ?
On entend dire que nous avons été aidés, or nos professions ne l’ont pas été ! On a eu du soutien à l’emploi pour nos collaborateurs au travers de l’activité partielle, qui ne prend pas dans l’absolu les 100 % de leurs rémunérations, et nombreux de nos adhérents ont décidé de leur assurer ce complément. Il faut savoir que la dite mesure à 100 % n’est valide que pour les personnes qui ont un contrat de 35 heures et sont rémunérées au SMIC, ce qui n’est pas le cas pour l’ensemble de nos collaborateurs. Ensuite le PGE n’est autre qu’un endettement supplémentaire pour nos entreprises. Toutes ces mesures qualifiées d’aides et au travers desquelles la communication présente nos entreprises sous perfusion, sont plutôt des soins palliatifs qui nous emmènent gentiment sur la mort et au tribunal de commerce ! Pour la restauration, les chiffres nous annoncent déjà au niveau national la fermeture d’un tiers des établissements, c’est catastrophique et cela entraine un déséquilibre de tous les métiers de l’artisanat et de l’agriculture. Ce sont des fournisseurs qui gravitent autour de nous !

Que suggérerez-vous comme mesures d’aides ?
Par exemple, pour aider nos entreprises au remboursement des PGE, nous demandons la mise en place d’un crédit de TVA sur 10 ans. Le tourisme dans notre département produit 1,5 Mds € par an, ce qui génère environ 200 à 250 millions € de TVA.
Les PGE versés à nos entreprises représentent pour le département environ 30 millions €. Pourquoi ne pas mettre en place ce mécanisme financier sur 10 ans qui permettrait de rembourser cette dette Covid-PGE ? Ce qui serait tout à la fois indolore pour elles et l’État. Une entreprise qui aurait emprunté 100 000 €, et bien tous les ans elle aurait un crédit de TVA de 6 000 €, ce qui lui permettrait d’honorer ses remboursements. Voilà une mesure que l’on peut qualifier d’aide ! Nous attendons une réponse de l’État sur la viabilité, la faisabilité et surtout sur sa volonté à réellement vouloir sauver nos métiers !

Votre présidence emmène des nouveautés au sein du bureau des représentations ?
Effectivement, nous avons créé la branche traiteur, que préside Isabelle Séguret, tout comme celle des clubs de plages, que représente David Fournier, et prochainement nous allons mettre en œuvre celle de la thalassothérapie. Nous représentons une union de métiers et l’union fait la force, il faut que nous soyons tous unis ! Pour cette raison, je souhaite aussi une présidence de l’UMIH 66 beaucoup plus présente et proche des territoires des hauts cantons, d’ailleurs pour notre premier déplacement avec le nouveau bureau nous avons choisi de tenir session à Font-Romeu, auprès de nos adhérents de Cerdagne et Capcir, territoires qui accusent cet hiver une saison noire. 

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