Banyuls : ça tire à boulets rouges par dessus les terrasses (Par Yann Kerveno)

Georges Roque a démissionné, ainsi que le vice-président du cru. Sur fond de divergences stratégiques majeures.

Il n’y a pas que la Covid-19 qui agite les conversations banyulenc ces temps, la côte Vermeille est en effet sujette à un autre début d’épidémie au syndicat du cru banyuls. Une épidémie de démissions. Il y a d’abord eu celle de Georges Roque, le président du Syndicat à la mi-septembre. Puis celles plus récente de Romuald Perrone, le vice-président ou d’Élise Gaillard, représentant des caves particulières. Mais au final c’est bien la Covid-19 qui aura mis le feu à des poudres déjà prêtes à s’enflammer. « L’étincelle c’est l’annulation de la fête des vendanges cette année à Banyuls, je suis allé à la réunion avec la mairie pour apprendre cela et tout le monde m’est tombé dessus, comme d’habitude à Banyuls, des gens qui n’étaient pas là mais ont un avis sur tout, alors j’en ai eu marre et j’ai démissionné. Je ne suis pas psychiatre, ni assistante sociale pour servir de défouloir » explique le désormais ex-président du cru. Une démission d’autant plus surprenante qu’il avait annoncé ne pas vouloir se représenter à l’issue de son mandat, en décembre prochain. Maintenant, il faut aussi regarder ce qui avait porté la poudre à cette température critique. Et là entre en scène un nouveau personnage, Reconquesta qui selon les uns, a absorbé toutes les forces vives du syndicat, qui ne sont pas pléthores et conduit à laisser en plan des chantiers importants pour le vignoble, la réforme des statuts de l’appellation en vue de simplification et la réforme du système de certification qui mobilise le temps de travail du syndicat au détriment du reste. 

Alléger les règles

« C’est important » explique l’ancien président, « parce qu’aujourd’hui, il est stipulé que les grands crus doivent être présentés à la certification à 3 ans ou 5 ans d’âge, mais en fait, les vins ne sont pas forcément prêts à ce moment-là, nous voudrions qu’il soit présenté seulement au moment de la mise en bouteille. » D’autres questions, financières, viennent aussi ajouter aux interrogations du moment, « cela fait deux ans que nous faisons des petites récoltes, va se poser très vite la question du financement du syndicat » ajoute Georges Roque qui avoue n’avoir pas trop regardé et fait confiance aux gens qui œuvrent. Confiance qui laisse un trou, selon nos informations, de quelques milliers d’euros dans les caisses du syndicat pour le dernier exercice clôt. « Ce n’est pas très important ce qui se passe » tient à minimiser Laurent Barreda, président du GICB, « c’est une guerre de personnes ou d’ego, de pouvoir. Mais on se dirige vers une démission collective du conseil d’administration et de nouvelles élections pour mettre en place une nouvelle équipe. » Il ne se cache pour pousser Bernard Pech, président du conseil de surveillance du GICB et vice-président de Reconquesta, au poste de président du cru. « C’est celui qui paye qui fait la loi non ? » fait remarquer Laurent Berrada ajoutant qu’au conseil d’administration du Cru, le GICB est l’entité qui pèse le plus lourd.

Des airs de putsch

« De notre côté, les vignerons indépendants ont un projet, nous y travaillons et nous le présenterons aux élections » explique Romuald Peronne, désigné par Laurent Barreda comme leader de la fronde. « Ah non, ce n’est pas moi qui fais un putsch, c’est le contraire ! Ce qui ne va pas, c’est que Reconquesta a complètement phagocyté le syndicat alors que c’est une association qui ne devrait rien avoir à voir avec celui-ci. Si putsch il y a, il est là ! Et pendant ce temps, les chantiers que nous avions à mener n’avancent pas. Cela fait des mois que nous tirons la sonnette d’alarme et personne ne nous écoute. » Mais n’est-ce pas là finalement que la croûte d’une autre bataille, vieille comme Hérode, qui opposerait les caves particulières aux coopératives ? « Les caves particulières ne font que du Collioure, et nous, on s’occupe du banyuls » réplique sèchement le président du GICB. Vous avez dit fracture ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *