Assurances climatiques : “l’état des lieux”

Les vignerons font partie de ceux qui assurent le plus leurs cultures. (Photo Yann Kerveno)

Certaines filières agricoles sont rétives à l’assurance climatique. C’est cher et pas adapté entend-on le plus souvent.

L’assurance agricole ne séduit pas, pas assez en tout cas pour éviter les drames, alors que le changement climatique et la variabilité plus grande des éléments exposent chaque année un peu plus les entreprises. En 2017, par exemple, on atteignait 30 % de couverture pour les grandes cultures, 26 % pour la viticulture, moins de 5 % pour l’arbo et un peu moins de 25 % pour les cultures légumières(1).
Alors, on connaît les causes, dans la vigne, c’est principalement parce que le dispositif est souvent jugé non adapté par les vignerons ou trop cher et pas rentable en dépit de l’aide européenne. Il y a la question du seuil de déclenchement qui dissuade, celle de la moyenne olympique, ou triennale, sur laquelle est calculée l’indemnisation. Et puis, le point fondamental, l’assurance couvre la perte de récolte, pas la perte de valeur ajoutée, si importante dans le cas des vignerons qui commercialisent eux-mêmes leur vin en bouteille. Pourtant, depuis l’année dernière, les choses ont sensiblement évolué avec l’ajout de deux niveaux de protection supplémentaires, partiellement aidés (le socle est subventionné à 65 %, le niveau 2 à 45 %) qui ont permis de faire progresser la couverture des vignerons notamment. Aujourd’hui, environ 30 % des surfaces agricoles françaises sont couvertes par le contrat multirisques climatiques mis en place en 2005. “Pour les vignerons indépendants nous sommes passés de 27 à 50 %” se félicite Jean-Marie Fabre. “Et c’est grâce aux niveaux supplémentaires qui ont été récemment ajoutés. Nous avons 9 % des vignerons indépendants qui sont à l’assurance socle et 30 % au niveau 2.” En ce moment se déroule aussi une remise à plat des barèmes. “Nous sommes en train d’expertiser 700 signes de qualité, IGP et AOP pour vérifier que les barèmes, qui servent à calculer les indemnisations, sont cohérents avec la réalité.”

Et la prochaine PAC ?
Dans l’Argus de l’assurance, le délégué général de la Fédération française de l’assurance, Arnaud Chneiweiss, explique qu’il faut faire progresser ce taux par le développement de la culture du risque. “Il faut que l’assurance devienne un réflexe, c’est comme cela qu’elle sera moins chère.” Simple logique, plus il y d’assurés, moins la facture est lourde. La Fédération propose aussi une amélioration du système actuel, une refonte de “l’articulation entre le Fonds national de gestion des risques agricoles et les assurances, pour éviter qu’un agriculteur non assuré soit mieux indemnisé que son voisin qui a fait l’effort, lui, de s’assurer.” Sans surprise, les assureurs demandent aussi que la subvention de 65 % de la prime de base soit maintenue. Groupama et le Crédit Agricole ont aussi proposé de créer un pool pour “proposer un tarif beaucoup plus partagé entre assureurs.”
Le Parti communiste s’est lui aussi saisi du dossier et propose de tourner le dos à l’assurance privée “subventionnée sur des fonds pris sur la PAC” et suggère de créer une caisse d’assurance unique sur les ruines du Fonds national de gestion des risques, dont il regrette le dépeçage. Que faut-il alors attendre de la prochaine PAC ? “Il est nécessaire que nous développions la boîte à outils. Il faudra avoir une réflexion globale” ajoute Jean-Marie Fabre. “Cela va d’abord se dérouler au sein de chaque filière agricole puis il y aura ensuite une négociation transversale franco-française avec les autres filières, puis enfin une négociation avec les autres pays européens. Mais vus les aléas auxquels nous sommes confrontés, nous pouvons difficilement faire l’économie, au niveau européen, d’une assurance climatique.”

Yann Kerveno

(1) https://theconversation.com/chocs-climatiques-pourquoi-les-agriculteurs-francais-sont-ils-si-mal-assures-120847

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