Ah bon, ce n’était pas une manif contre la hausse du prix des carburants ?

La semaine dernière, quand les responsables de la FNSEA ont lancé l’idée de bloquer les
raffineries pour dénoncer la concurrence déloyale des produits importés et le double langage du gouvernement sur les accords internationaux, je me suis dit qu’ils allaient modifier leur argumentaire. Parce que je trouvais “le coup de l’huile de palme” un peu gros. En effet, pourquoi appeler subitement à bloquer les dépôts pétroliers pour venir au secours des producteurs d’oléo-protéagineux ? Alors que la quasi-totalité des productions et (pourquoi ne pas le répéter une fois de plus) principalement le maraichage, l’arboriculture et la viticulture méditerranéenne subissent de plein fouet ces compétitions déloyales depuis
30 ans sans que grand monde, du côté de la maison mère, ne s’en préoccupe vraiment. Des secteurs d’activités qui, de surcroit, bénéficient très peu des aides européennes contrairement à celui des grandes cultures. Pour le vérifier, il suffit de consulter, en prenant soin de rester assis, le montant de “certaines” attributions sur le site Télépac…
Bloquer les raffineries : une action à double tranchant, car si la position de la FNSEA peut, temporairement, séduire quelques environnementalistes, du côté des pétroliers la riposte à de quoi mettre mal à l’aise le plus puissant syndicat agricole français. En effet, dans une dépêche AFP, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, déclarait récemment en faisant référence au groupe Avril (présidé, jusqu’à son décès survenu en 2017, par l’ancien président de la FNSEA Xavier Beulin) : “Est-ce que les agriculteurs savent qu’il y a une société qui leur est affiliée qui importe 200 000 tonnes d’huile de palme pour faire des biodiesel en France ?”
Pas de quoi faire sourciller l’occitan Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA qui déclarait la semaine dernière : “L’huile de palme est ce qui a fait déborder le vase, alors que la filière oléo-protéagineuse française a la capacité de pouvoir répondre aux besoins des groupes pétroliers.”

N’y avait-il pas un autre message à faire passer ?
Donc, nous y voilà, avec des tracteurs devant 16 sites pétroliers, “trois jours de blocage reconductibles” et un gouvernement qui, selon le ministre de l’Agriculture, ne reviendra pas sur la décision prise par Hulot d’autoriser Total à importer de l’huile de palme pour sa raffinerie située dans les Bouches du Rhône. Pourtant n’y avait-il pas un autre message à faire passer que celui qui consiste à défendre les producteurs d’oléo-protéagineux ? La FNSEA ne pouvait-elle pas réorienter ses revendications, tout simplement pour dénoncer le prix exorbitant des carburants ? Celui qui, justement, contribue lui aussi à creuser l’écart des coûts de production intra-européens. Ces coûts qui vont encore augmenter, à l’heure où l’on parle d’interdire le glyphosate, avec le recours à davantage de labours. Avec un tel message, le syndicat avait tout à gagner auprès de ses ressortissants comme auprès du grand public. Et bien non, du moins à l’heure où nous bouclons (12 juin à midi), la FNSEA garde la même ligne. Avec une mobilisation qui varie selon les secteurs de production. Car il faut tout de même expliquer, aux vignerons de Leucate comme aux maraichers de Pézilla, pourquoi ils devraient aller défendre les intérêts des producteurs de colza !

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