“À m’en donné”

“À m’en donné”, la prise de conscience vous gifle le moral et vous fait réagir aux élucubrations proposées par les médias, les experts et les politiques. Cette dernière fin de semaine j’ai pu constater, en direct si je puis dire, l’angoisse et le vide générés par la situation actuelle de confinement et autre couvre-feu.
Rentrant chez moi samedi soir vers 19 heures, j’ai croisé mon sympathique voisin qui du simple bonjour, bonsoir, comment allez-vous, a allègrement sauté le pas en m’invitant fort aimablement à prendre un verre. Ce monsieur, travailleur indépendant, me fit part, avec beaucoup de désappointement, de la précarité de sa situation professionnelle, tout en atténuant avec malice qu’à son âge c’était moindre mal et qu’il y avait pire que lui. Pour corroborer sa pensée il me fit part, très géné, de la situation du propriétaire du bar du coin où nous allions dès potron minet prendre un café. “Il est fichu” me confia-t-il. Voyant mon regard interloqué, il rajoute dépité : “Il est obligé de faire des menus travaux pour survivre”. L’arrivée de sa compagne eut pour effet de briser le silence pesant qui avait envahi la pièce.
“À m’en donné” quand on est pour y aller on y va tout droit comme dit l’autre. Dimanche 14 heures, la grisaille ambiante n’engage pas à la béatitude et à la félicité. La vibration de mon téléphone me rappelle au bon souvenir d’un couple de mes connaissances duquel le quotidien et la vie en général m’avaient éloigné. Allez zou ! Une nouvelle invitation à prendre un café. Le plaisir des retrouvailles fut vite atténué par le descriptif de leurs situations respectives. Tous deux, licenciés après la première vague de confinement, courageux et combatifs, ont essayé de relever la tête, mais la seconde vague du confinement eut l’effet d’un tsunami. Plus de boulot pour l’un et l’autre. Une maigre pension d’invalidité et une piètre indemnisation de chômage devrait leur permettre de passer les fêtes lalalalalère…

On en est là !

Des gens très sympathiques et sains qui se voient obligés de proposer – de bouche à oreille – d’égayer vos papilles avec de petits mets sucrés (excellents je le confirme) de leur confection personnelle… On en est là !
Je n’ai pas la prétention de vouloir donner de leçon, encore moins de vous convaincre. J’ai la chance de pouvoir exprimer mon ressenti dans les colonnes de l’Agri. Mes commentaires ne sont que cela. Le destin a fait que j’ai observé, cette fin de semaine, la France désabusée, la France bâillonnée, la France étouffée. Je l’avoue, je suis d’autant plus triste et en colère que chaque lecteur de cette chronique saura citer d’autres exemples du même acabit pendant que Monsieur le Premier ministre nous assure que l’activité économique ne “s’effondre pas”
“À m’en donné” entre ceux qui vagabondent du masochisme au sadisme et les autres qui n’en finissent pas de galérer à force de ramer … “À m’en donné”, je me demande si nous ne sommes pas dans ce fameux nouveau monde où “La crise est attendue, espérée, anticipée, serinée, ressassée…” (Philippe Bilger)

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